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Mexique : dernier kilomètre pour la réforme des télécoms

Les effets de la réforme du marché des télécommunications et de l’audiovisuel lancée en 2013 peuvent être résumés en une formule simple : prix en baisse, recettes en hausse. Hormis l’indice des prix de la télévision payante, qui a progressé de 5 %, les frais d’itinérance et le coût des appels téléphoniques nationaux et internationaux ont chuté, et les Mexicains bénéficient aujourd’hui de services mobiles parmi les moins onéreux de la zone OCDE.

En conséquence, le nombre d’abonnements au haut débit mobile a explosé. Dans sa récente étude Telecommunication and Broadcasting Review of Mexico 2017, l’OCDE fait état de 50 millions de nouvelles souscriptions entre 2012 et 2016, soit une croissance légèrement inférieure à 390 %. Le volume moyen de données consommées a également progressé de 91 % ; et de 2013 à 2016, plus de 20 millions d’individus supplémentaires ont pu accéder à l’internet, accroissant le nombre de personnes effectuant des transactions en ligne de 2 à 10 millions entre 2014 et 2016. Cet emballement a rejailli sur les recettes des opérateurs de télécommunications et acteurs de l’audiovisuel, qui ont augmenté de 16 % entre 2011 et 2016. À l’évidence, l’amélioration des services et la baisse des prix incitent les Mexicains à acheter des smartphones, souscrire des offres groupées de services téléphoniques et s’abonner à des services de vidéo à la demande comme Netflix, Blim, ou Claro Video.

Les premiers résultats de la réforme sont donc encourageants. Se conformant à 28 des 31 recommandations formulées par l’OCDE en 2012 dans Review of Telecommunication Policy and Regulation in Mexico, le gouvernement a mandaté l’Instituto Federal de Telecomunicaciones (IFT) en tant que régulateur des télécommunications, libéralisé l’investissement direct étranger dans le secteur des télécommunications et des services de communication par satellite, négocié avec succès le passage à la télévision numérique en 2016, et entrepris de renforcer les infrastructures nationales de télécommunications.

Le Mexique s’est surtout employé à rééquilibrer un marché des services de télécommunications longtemps dominé par América Móvil, propriétaire des opérateurs fixes Telmex et Telnor et de l’opérateur mobile Telcel. Les premières actions réglementaires ont consisté à supprimer les redevances appliquées aux appels interurbains, au grand soulagement des consommateurs. Parallèlement, un troisième réseau audiovisuel national a vu le jour en octobre 2016, et l’arrivée, en 2018, de nouveaux acteurs locaux devrait aussi aiguillonner la concurrence sur ce marché. Le secteur de la télévision payante présente en revanche les signes d’une concentration susceptible de tirer les prix vers le haut.

D’autres mesures ont visé à stimuler la concurrence, mais avec des résultats plus mitigés. Le dégroupage de la boucle locale, qui permettrait à d’autres opérateurs d’accéder au « dernier kilomètre » des réseaux téléphoniques fixes des opérateurs historiques et aux informations relatives à leurs infrastructures, piétine. Dans sa dernière étude en date, l’OCDE soutient la décision de l’IFT qui, pour accélérer le mouvement, a demandé à América Móvil de séparer Telmex et Telnor en droit et en fait.

Il faut toutefois savoir manier la carotte autant que le bâton. Jusqu’à présent, Telmex a été tenu à l’écart du marché de la télévision à péage et de l’audiovisuel ; l’OCDE suggère que ce marché lui soit ouvert une fois la séparation effective. Outre qu’il deviendrait un sérieux concurrent pour Televisa, sans conteste le premier en parts de marché, Telmex serait probablement amené à moderniser son infrastructure haut débit fixe. Au Mexique, la vitesse de transfert moyenne demeure en effet inférieure à celle de l’OCDE, et le taux de pénétration du haut débit fixe est l’un des plus faibles de la zone.

Autre mesure phare, la création de Red Compartida, réseau partagé de vente en gros de services mobiles, destiné à promouvoir l’inclusion numérique et la desserte des régions rurales. Les fréquences affectées à ce réseau ont été libérées par le passage à la télévision numérique en 2016. Objet d’un partenariat public-privé et donné en concession à ALTÁN Redes en 2016, Red Compartida a commencé à déployer son réseau d’accès ouvert. L’objectif est de couvrir 92,2 % de la population d’ici 2024, et d’abord les zones rurales encore privées de haut débit. Il s’agit du premier réseau en son genre au Mexique, mais aussi dans toute la zone OCDE.

Il ressort de l’étude OCDE de 2017 que les réformes ont été propices à la concurrence, à la dynamique d’investissement et à la satisfaction des consommateurs sur le marché mexicain des télécoms. Le pays doit continuer sur sa lancée, mais en s’attachant à renforcer l’inclusivité. Les autorités entendent améliorer l’accès dans les régions rurales et isolées, ainsi que dans les établissements publics comme les écoles et les hôpitaux. La réforme porte déjà ses fruits sur le plan économique ; en privilégiant des interventions nationales inscrites dans la durée, à l’image de Red Compartida ou d’initiatives telles Mexico Conectado, le Mexique profitera aussi de retombées sociales, avec des citoyens ultra-connectés, mieux informés, plus engagés dans la cité et bénéficiant de services publics plus performants car en ligne.

Liens et références

OCDE (2017), OECD Telecommunication and Broadcasting Review of Mexico 2017, Éditions OCDE, Paris. http://dx.doi.org/10.1787/9789264278011-en

OCDE (2012), OECD Review of Telecommunication Policy and Regulation in Mexico, Éditions OCDE, Paris. http://dx.doi.org/10.1787/9789264060111-en

Voir http://www.oecd.org/fr/sti/hautdebit/