Observateur OCDE
Home
Menu
Politique climatique du Canada : des plans prometteurs

« Les marchés sont passés à autre chose, le monde est passé à autre chose, le temps du charbon est révolu », a déclaré Catherine McKenna, ministre de l’Environnement et du Changement climatique du Canada, alors qu’elle lançait l’Alliance : Énergiser au-delà du charbon, avec la Grande-Bretagne et 23 pays, États et régions partenaires lors de la COP23, la conférence sur le climat qui s’est tenue à Bonn le 16 novembre 2017.

Le Canada, l’une des économies les plus intenses en énergie de l’OCDE, s’est lancé dans une transition ambitieuse vers une énergie plus verte. Après une décennie de politiques environnementales menées par les provinces, le Canada a dévoilé le Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques en décembre 2016. Ce Cadre est le premier grand projet collectif du pays sur le changement climatique, développé par le gouvernement fédéral avec les dix provinces et les trois territoires du pays. Il fixe une tarification carbone de référence, une norme sur les combustibles propres et une série d’actions d’atténuation complémentaires. Le Cadre s’appuie sur les progrès déjà accomplis par les provinces et les territoires, qui peuvent garder leurs différents systèmes de tarification du carbone, mais les provinces qui n’ont aucun système devront en adopter un en 2018.

Côté climat, le Canada a en effet des problèmes à résoudre. C’est la deuxième économie la plus intense en carbone de l’OCDE : pour générer 1 000 dollars US de PIB, le pays émet 369 kg de CO2 dans l’atmosphère, alors que la moyenne OCDE est de 256 kg. L’Examen environnemental du Canada, publié le 19 décembre 2017, donne deux raisons principales à cela.

Premièrement, le Canada détient d’immenses ressources en énergies fossiles, et consomme beaucoup d’énergie pour les extraire et les transformer. Entre 2000 et 2015, la production de pétrole a augmenté de 76 %, notamment à cause du triplement de la production de pétrole non conventionnel à partir des sables bitumineux de l’Alberta. Celle-ci émet environ quatre fois plus de gaz à effet de serre par baril que le brut conventionnel produit en Amérique du Nord. Sous l’effet de l’exploitation des sables bitumineux en Alberta, les émissions de gaz à effet de serre dues au pétrole et au gaz ont augmenté de 20 % entre 2011 et 2014 seulement. Les projections indiquent une augmentation de 50 % de la production pétrolière canadienne d’ici à 2040, avec des capacités de production et d’exportation probablement encore dopées par de nouveaux oléoducs. L’Examen environnemental recommande de mettre en œuvre les réglementations sur les émissions de méthane de l’industrie pétrolière et gazière sans tarder.

Deuxièmement, l’intensité en carbone du Canada tient aussi au secteur des transports. Le Canada est le deuxième plus grand pays du monde : il est si grand qu’il faut cinq jours pour traverser le pays en voiture, de Moncton (Nouveau-Brunswick) à Vancouver (Colombie-Britannique). L’Examen indique que le Canada a des volumes de fret, par le rail ou la route, par personne ou par unité de PIB, plus élevés que tous les autres pays de l’OCDE. Et si 90 % des Canadiens sont satisfaits de la qualité de leur air et de leur eau, seulement 60 % sont satisfaits de leurs réseaux de transports publics. Les mesures annoncées dans le Cadre pancanadien vont aider à réduire les émissions dues au transport. Des taxes plus élevées sur les carburants et sur l’achat de véhicules pick-up ou tout-terrain encourageraient aussi à des transports plus propres.

Les émissions des transports et des sables bitumineux augmentent régulièrement, éclipsant ainsi les progrès réalisés dans les autres secteurs. Par exemple, depuis 1990, les émissions des industries lourdes telles que le fer, l’acier, la pâte à papier ont baissé de 23 % et celles de l’électricité, de 17 %. L’intensité carbonique de l’électricité canadienne est maintenant faible : 60 % provient de barrages hydroélectriques et 17 % de centrales nucléaires. L’Ontario a fermé sa dernière centrale à charbon en 2014.

L’Alliance : Énergiser au-delà du charbon se situe en droite ligne de l’initiative de l’Ontario et de l’engagement du Cadre pancanadien de sortir du charbon d’ici à 2030. La nouveauté, c’est que le Canada lance, là aussi, une démarche internationale. Un mois après la COP23, au sommet One Planet de Paris, Catherine McKenna a accueilli de nouveaux membres de l’Alliance.

L’élan international du Canada sera accompagné de politiques destinées à faire baisser les émissions de gaz à effet de serre à l’intérieur du pays. Pour y réussir, il sera essentiel de bien suivre et coordonner les politiques climatiques des différentes provinces. Il va également falloir faire des efforts pour ramener les secteurs de l’énergie et des transports dans la même optique climatique.

Liens et références