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Un chantier de réhabilitation exemplaire
environnement, changement climatique, paris

Le chantier de la rue Saint-Charles (XVe arrondissement) a été la première opération de réhabilitation conduite par la RIVP dans le cadre du Plan Climat de la Ville de Paris. Retour sur cette opération qui s’est révélée complexe mais aussi exemplaire, tant sur le plan de la mise en œuvre que sur le plan humain.

La réhabilitation concernait 250 logements répartis dans quatre bâtiments construits dans les années 1980. Plan Climat oblige, la priorité a été d’étudier les solutions les plus performantes en termes d’isolation et de consommation d’énergie. « Nous avons avant tout travaillé sur l’isolation thermique extérieure des bâtiments et sur le mode de chauffage. Deux résidences ont été équipées de nouvelles chaudières à gaz très performantes, avec un rendement de plus de 110 % et des émissions de CO2 réduites », explique Bruno Fricard, inspecteur gros travaux qui a participé au montage du dossier technique avec la maîtrise d’oeuvre.

Les autres travaux de réhabilitation ont concerné la réfection des parties communes et des mises aux normes pour la sécurité incendie (changement des systèmes de ventilation et de désenfumage).

L’opération a demandé des études très poussées sur l’isolation, comme le souligne l’architecte Dominique Desmet, de l’agence Équateur Architecture : « La principale difficulté venait du fait que les quatre bâtiments avaient été construits par quatre architectes différents. Il fallait donc explorer des principes d’isolation adaptés à chacun d’entre eux, et ce, dans le respect des contraintes du Plan Climat, de la sécurité incendie et de l’enveloppe budgétaire. Je crois pouvoir dire que j’ai conçu le plus exhaustif carnet de détails d’isolation extérieure jamais réalisé par un architecte ! C’est une base de données intéressante pour tous, et qui pourra servir à la RIVP de cahier de référence pour de futurs chantiers. »

Georges Frasca, directeur de travaux du pôle réhabilitation de GTM Bâtiment, souligne la complexité d’architecture des façades : « Par rapport à un chantier classique de réhabilitation, il y avait beaucoup plus de détails spécifiques à chaque bâtiment à prendre en compte. »

Dix-huit mois de travaux en milieu occupé, ça se prépare. Des réunions publiques ont été organisées en amont pour expliquer la nature et la méthodologie des travaux, les nuisances occasionnées. Pendant les travaux, la communication avec les habitants s’est révélée plus nécessaire que jamais, comme en témoigne Franck Charvet, responsable de l’agence Grenelle à la RIVP : « Quand les locataires sont face à la réalité des travaux, il faut les accompagner, les rassurer sur la sécurité à cause des échafaudages, faire des arbitrages en cas de difficultés sur certaines interventions dans leurs logements. Il faut aussi soutenir le personnel de proximité qui se retrouve en première ligne. »

Mme Estevès, la gardienne, reconnait que tout cela ne fut pas de tout repos : « Bien sûr, j’ai eu un surplus de travail. De tels travaux entraînent beaucoup de salissures. En plus, il faut gérer les éternels mécontents, même si un cahier de réclamations était à la disposition des locataires dans ma loge. »

Franck Charvet rapporte une anecdote qui résume à elle-seule le rôle d’accompagnement que tous les acteurs ont joué : « C’était lors de la visite du chantier par des représentants de la Caisse des Dépôts. Toutes les personnes présentes ont été très impressionnées de voir un ouvrier sur son échafaudage en train d’arroser les fleurs d’une locataire ! »

Les performances énergétiques réalisées ont permis de diviser par trois la consommation d’énergie des immeubles, qui est passée de 300 à 90 kWh/m2/an. Un changement qui n’est pas passé inaperçu auprès des locataires, à l’instar de Clarisse Crevier, locataire depuis 20 ans : « C’est incomparable ! Avant les travaux, il y avait une grosse déperdition de chaleur et c’était impossible de chauffer correctement. Avec la fermeture de la loggia et la pose de double vitrage, tout a changé en termes d’isolation, mais aussi de bruit. Côté budget, le gain est loin d’être négligeable : entre fin 2012 et fin 2013, j’ai économisé 500 euros sur ma facture de gaz ! En plus, sur le plan esthétique, c’est vraiment réussi. On ne croirait pas que ce sont des bâtiments HLM. »

La réduction des charges énergétiques est une priorité pour la RIVP, qui a mis en place à la fin du chantier un suivi de l’évolution des charges sur un panel de locataires.

Les témoignages sont unanimes. Bruno Fricard parle d’une véritable alchimie qui s’est opérée entre tous les partenaires, soulignant le professionnalisme et la réactivité de chacun pour trouver les bonnes solutions. Franck Charvet souligne également la cohésion et l’implication de tous les intervenants.

Pour Georges Frasca, « Un chantier, c’est avant tout une aventure humaine. Sans une bonne collaboration, rien n’est possible. Et là, c’est un chantier vraiment réussi sur tous les plans, technique, esthétique et relationnel. » Même ressenti pour Dominique Desmet : « J’ai rencontré à la RIVP des interlocuteurs ouverts au dialogue et qui avaient la bonne méthodologie pour réussir ce projet. »

Voir www.rivp.fr

©L'Observateur de l'OCDE n°304, Novembre 2015