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Ces éminences grises qui nous gouvernent

Pour Benjamin Franklin, « les sages n’ont pas besoin de conseils, les fous ne les suivent pas ». Pourtant, de Machiavel à Kissinger, les puissants s’en sont toujours remis aux conseils de personnes de confiance. Mais comment faire la part des choses entre infl uence et intrigue, coût et avantage ? 

D’après 95 % des réponses à une enquête de 2010 citée dans Conseillers ministériels – Rôle, influence et gestion, la principale tâche des conseillers ministériels consiste à formuler des conseils stratégiques pour la conception des politiques ou des réformes. Ils sont infl uents en matière de gestion de crise, de diplomatie, d’élaboration de lois et de politiques nouvelles, mais donnent aussi des conseils politiques et/ou partisans, et deux tiers des pays interrogés soulignent leur rôle de conseils médiatiques.

Ces conseillers peuvent certes améliorer la réactivité des responsables gouvernementaux et les aider à faire face aux enjeux stratégiques auxquels ils sont confrontés, mais leur grande proximité avec le pouvoir peut être considérée, au mieux, comme sujette à caution. Dans 74 % des 20 pays interrogés, les conseillers ministériels ne rendent compte qu’à leur ministre, et on dispose de peu d’informations à leur sujet. En outre, peu de pays ont défi ni des principes d’intégrité à leur intention, et plus d’un tiers des pays interrogés – Espagne, Finlande, Hongrie, Islande, Suède et Suisse, notamment – n’exige aucune transparence quant à leurs intérêts privés.

Leur coût est également important. Selon l’OCDE, seuls 23 % des pays interrogés rendent public le coût total des conseillers ministériels ou leur description de poste. En 2009, BBC News révélait que le nombre de conseillers britanniques – « les éminences grises » – avait pratiquement doublé depuis 1996 : en 2008, les 73 conseillers spéciaux ont coûté 5,9 millions de livres (10,8 millions de dollars) aux contribuables.

Selon les trois quarts des pays interrogés, ce sujet interpelle les citoyens. Pourtant, moins d’un tiers des pays ont pris des mesures en la matière. Toutefois, dans ses études de cas sur l’Autriche, le Canada et le Royaume-Uni, l’OCDE décrit les mesures qu’ont prises des pays comme le Canada afi n de soumettre les conseillers ministériels aux mêmes principes de responsabilité que les ministres et adjoints en matière de confl it d’intérêts et d’éthique après la cessation de leurs fonctions.

OCDE (Version française à paraître), Ministerial Advisors: Role, Influence and Management, Paris. 

©L'Observateur de l'OCDE n° 287 T4 2011