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Le boom des fusions
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Alors que les économies de l’OCDE sont plongées dans le marasme, la tendance mondiale des fusions et acquisitions a rarement été aussi dynamique. Au 21 octobre, ces opérations représentaient 822 milliards de dollars. Si ce dynamisme se confirme, les 1000 milliards de dollars seront atteints avant la fin de l’année, soit une progression de 32 % par rapport à 2010.

Depuis 2006, des chiffres aussi hauts n’ont été enregistrés qu’à deux reprises. Même si le quatrième trimestre marquait un coup d’arrêt, les niveaux de 2011 resteraient de 7 % supérieurs à ceux de 2010.

Les rapprochements entre sociétés peuvent être un signe de bonne santé financière, mais dans le contexte économique actuel, cet emballement indique plutôt que des entreprises en difficulté, affichant des valorisations boursières en berne, sont absorbées par des sociétés plus vigoureuses cherchant à renforcer leurs positions sur le marché. Le secteur financier en est une illustration, et si en 2011, il a concentré la majorité des opérations, la proportion reste toutefois bien moindre qu’en 2010 (28 % alors).

Le nombre élevé de fusions reflète également l’appétit des acteurs des marchés pour les secteurs peu risqués mais bénéficiant d’une demande soutenue. Ainsi, pour la deuxième année consécutive, le secteur pétrolier arrive en deuxième position, suivi par la santé. Tous deux représentent 10 % des fusions et acquisitions.

Le secteur minier, les services publics et l’énergie affichent également une forte croissance. La valeur des fusions et acquisitions internationales dans le secteur minier est passée de 34 milliards de dollars en 2010 à 57 milliards fin octobre 2011, soit une progression de 67 % ; elle a plus que doublé dans les services publics et l’énergie, à 50 milliards de dollars en 2011, contre 23 milliards en 2010.

La montée en puissance des marchés émergents a contribué à alimenter cette tendance à la hausse. Si la plupart des opérations internationales émanent toujours d’Amérique du Nord ou d’Europe occidentale, les économies émergentes sont devenues des acteurs importants dans ce secteur.

Ainsi, la Chine (Hong Kong compris) est devenue le quatrième pays d’origine des fusions et acquisitions internationales en 2011, avec 7 % du total mondial. Elle se classait à la deuxième place en 2010 avec 10 %.

Sachant qu’en 2007, la Chine réalisait moins de 3 % des opérations internationales, le rythme de progression paraît impressionnant. Aujourd’hui, la Chine compte pour un tiers des opérations de fusions et acquisitions en provenance des économies émergentes, qui représentent 20 % du total mondial en 2011.

Les États-Unis et le Royaume-Uni restent les premières destinations des opérations transfrontalières, suivis par la Chine, l’Italie et la France, chacune avec 6 % du total mondial. Le Brésil a attiré 44 milliards de dollars, ce qui en fait le sixième pays de destination, l’Inde se classant 12e avec 21 milliards, et la Russie 16e avec 18 milliards. Au total, les pays émergents et en développement ont accueilli 22 % des opérations mondiales en 2011, soit 182 milliards de dollars.

Face à cet emballement, les responsables publics seraient avisés de s’interroger sur le bien-fondé de ces opérations. Certains grands groupes, comme EasyJet en Europe, appuient désormais une partie de leur développement sur la croissance externe. Ces opérations apportent parfois de nouveaux capitaux et de nouvelles équipes dirigeantes aux entreprises, contribuant ainsi à leur développement. Mais d’aucuns dénoncent la destruction de valeur et la distorsion de concurrence (réduction du choix sur le marché) potentiellement induites par ces opérations.

C’est pourquoi elles doivent faire l’objet d’une attention scrupuleuse de la part des autorités. En outre, les prises de contrôle sont parfois suivies de restructurations qui contribuent à attiser les tensions sociales. Beaucoup d’opérations réussissent ; d’autres se soldent par un échec, parfois retentissant, comme le rapprochement de Time Warner avec AOL, amorcé en 2000 et enterré en décembre 2009.

Pour plus d’information, voir www.oecd.org/daf/investissement ou contacter Michael.Gestrin@oecd.org

Sur le rapprochement Time Warner / AOL,
voir Esclandre, Philippe (2009), « AOL - Time Warner : les leçons d'un désastre », Les Echos.

©L'Observateur de l'OCDE n° 286 T3 2011