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Innovation et environnement

Le Japon est considéré comme l’un d’un des pays les plus innovants en matière environnementale. Nobumori Otani, Secrétaire parlementaire à l’Environnement du Japon, de passage à Paris début mai, nous explique pourquoi.

L’Observateur de l’OCDE :  Comment expliquez-vous la réputation qu’a le Japon d’être un innovateur environnemental de premier plan ?

Je crois que cela est d’abord dû à notre niveau d’avancement en matière de technologies vertes. Le Japon a favorisé le développement de technologies de pointe en matière d’économies d’énergie. De même, nous avons souvent ouvert la voie dans les technologies de réductions d’émissions de CO2, comme les véhicules hybrides. Cette large palette de technologies est utilisée dans le monde entier.

Une autre explication  réside peut-être dans les progrès réalisés depuis le changement de gouvernement qui a eu lieu l’année dernière. Le gouvernement Hatoyama est particulièrement engagé dans la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique, comme le montre l’objectif fixé récemment de réduire nos émissions de CO2 de 25 % par rapport à 1990.

Enfin,  le Japon ne dispose pas de ressources énergétiques naturelles, comme le pétrole et les autres énergies fossiles. Cette contrainte nous a conduit à développer un esprit « anti-gaspi », ou mottanai, notamment à travers la mise au point de technologies économes en énergie.

En quoi les dernières Évaluations et Recommandations l’OCDE sur les performances environnementales du Japon peuvent-elles appuyer votre politique environnementale, et en particulier le projet de loi sur le changement climatique actuellement discuté à la Diète ?

Les Recommandations de l’OCDE sont toujours d’une très grande utilité pour le Japon. Certaines d’entre elles portent sur des actions que nous avons déjà entamées, comme les contre-mesures à la pollution de l’air transfrontière, ou l’initiative des 3R (« réduire, réutiliser, recycler »), d’autres nous permettront d’accélérer les démarches actuelles, comme l’instauration d’un système d’échanges de droits d’émissions ou le développement d’une stratégie de « couloir » de biodiversité. Enfin, certaines recommandations ouvrent de nouvelles pistes. Il s’agit des démarches qui procèdent d’une approche économique. Elles peuvent être très utiles pour orienter nos politiques.

La loi actuellement discutée au Parlement est fondamentale pour lutter contre le changement climatique. J’espère que cette loi sera adoptée en juin cette année. Cette proposition de loi prévoit notamment l’instauration d’une bourse du carbone. Les recommandations de l’OCDE vont dans le même sens et,  parce qu’elles viennent de l’extérieur, elles appuieront et accéléreront notre démarche.

Le Japon organise une grande conférence sur la biodiversité à Nagoya en octobre prochain. Selon vous, la question de la biodiversité est-elle suffisamment prise au sérieux ?

Selon des sondages récents, environ 92 % des gens s’intéressent à la « nature ». De plus en plus de gens souhaitent agir pour sa préservation. Pourtant, environ 36 % seulement des Japonais connaissent le terme « biodiversité ». Il faut améliorer la connaissance et la compréhension de ce terme, et faire comprendre au public qu’il est étroitement lié à la préservation de la nature. Cela donnerait une impulsion supplémentaire pour encourager l’action en faveur de l’environnement.

Avant la COP 10 de Nagoya en octobre, de nombreux acteurs, à plusieurs niveaux − ONG, médias, entreprises, collectivités locales − organisent un certain nombre  d’événements destinés à sensibiliser le public et à promouvoir les actions les plus favorables à la préservation de la biodiversité.

Il me semble que le lien entre le réchauffement de la planète et la  préservation de la biodiversité est de mieux en mieux compris. Les gens commencent à comprendre qu’en préservant la biodiversité, ils contribuent aussi à lutter contre le réchauffement de la planète.

Quelle influence le Japon peut-il avoir sur la mise en œuvre des politiques environnementales dans les autres pays d’Asie, et en particulier en Chine ?

Il y a trois ou quatre décennies, après une période de forte industrialisation, plusieurs régions du Japon ont connu une pollution importante, notamment fluviale. Ce problème a été en grande partie résolu. Pour en arriver à ce résultat, nous avons mené d’importantes actions antipollution, qui se sont notamment appuyées sur un vaste travail de collecte et de gestion de données. Nous avons ainsi acquis un certain nombre de compétences importantes. Ces trois éléments, savoir-faire, technologies et compétences personnelles, nous ont permis d’aider d’autres pays, notamment la Chine.

Aujourd’hui, notre aide publique au développement se fait surtout sous forme de transferts de technologies, de formation personnelle et de transferts de savoir-faire. Par exemple, nous avons apporté à la Chine une assistance technique sur la pollution des algues dans certains de ses lacs. D’autre part,  nous avons aidé les autorités locales à analyser les causes, à trouver des solutions et à établir les réglementations nécessaires. Ainsi, nous contribuons à l’action environnementale d’autres pays par une assistance à plusieurs niveaux, fondée sur notre expérience.

Enfin, le gouvernement Hatoyama a initié et élaboré une Vision de la communauté des pays d’Asie de l’Est. L’environnement est un pilier important de cette vision tournée vers l’avenir, et nous souhaitons maintenir notre engagement afin que l’action environnementale devienne l’un des moteurs des relations bilatérales et multilatérales.


Voir www.oecd.org/env/countryreviews et  www.env.go.jp/fr 



©L'Observateur de l'OCDE n° 279, mai 2010