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Le premier Roi de la mondialisation

Alex King, un directeur de l’OCDE très respecté, est décédé le 28 février dernier. Il avait 98 ans. Maintenant que l’OCDE s’est « mondialisée », il est bon de rappeler qu’Alex King était également le fondateur, avec Aurelio Peccei, du Club de Rome, qui le premier a mis en lumière les problèmes liés à la mondialisation (notamment dans un rapport publié en 1972 : The Limits to Growth*).

Alex est apparu dans ma vie en 1952 lorsqu’il m’a «délivré» de mon doctorat à Oxford. Il était alors scientifique en chef auprès du gouvernement britannique, chargé de faire en temps de paix ce que la « recherche opérationnelle » avait obtenu pendant la seconde guerre mondiale. La science de la politique, puis la politique de la science, tel était le leitmotiv de sa vie professionnelle, à Whitehall et à Paris.

Professionnellement, il était chimiste, mais il était également écossais, et le mélange était puissant sur le plan intellectuel et dans la pratique. Entre ses mains, la science paraissait à la fois naturelle et sociale, et l’humanisme en était la force motrice. Il aurait pu être poète, et le Conseil de l’OCDE s’en est aperçu lorsqu’il tentait de convaincre du bien fondé d’une idée ou d’un projet !

À Londres, il a formé une division des renseignements pour mener et compléter la recherche afin d’augmenter la productivité britannique. Le Roi de la chimie a transformé cette épreuve en un effort étonnamment audacieux d’utilisation de la science pour moderniser l’industrie, des effets économiques et sociaux de l’automatisation à la gestion de l’innovation, en passant par les relations humaines en entreprises.

Comme l’internationalisme coulait dans ses veines, il était naturel que le problème de la productivité le mène vers Paris en tant que co-directeur de l’Agence européenne de productivité de l’OCDE ! Le Centre de l’OCDE (à l’époque OEEC) était, au début des années 1950, orientées vers la macroéconomie, et par l’héritage keynésien, l’économie était devenue une science politique. Mais Alex King, avec son expérience de la guerre, a su élargir la vision de l’Organisation sur la manière dont l’analyse pouvait orienter les politiques économiques – en faisant contribuer les sciences naturelles, la prévision technologique, l’éducation et la politique sociale. Si la force de l’OCDE réside aujourd’hui dans sa capacité à montrer la voie pour les politiques dans de nombreux domaines, dans un environnement mondial complexe, King peut en être crédité pour une bonne partie.

Mais c’est sur la question de la mondialisation qu’Alex King a continué d’écrire après avoir pris sa retraite de l’OCDE en 1974. Ses mémoires, Let the Cat Turn Round, One Man’s Traverse of the 20th Century, n’ont été publiés que l’année passée. Il a réécrit le dernier chapitre pour nous prévenir : la mondialisation, par son culte de l’argent, risque de devenir une culture inhumaine et matérialiste.

Espérons que l’OCDE, avec sa culture essentiellement professionnelle et sa neutralité politique, peut laisser la vérité s’exprimer et ouvrir la voie vers un monde meilleur.

Ron Gass

Ville d’Avray, Paris France


*Une version résumée est disponible sur www.clubofrome.org.

Voir aussi l’article de Mark Tran, « Seasoned thoughts of the green King », dans le Guardian, 15 août 2002.

 

©L’Observateur de l’OCDE No. 261, Mai 2007