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Ce qui nous rapproche

Issus de régions du monde, d’horizons, de générations et de milieux professionnels multiples, nous véhiculons des cultures et des histoires diverses, sommes porteurs de préoccupations et d’attentes différentes, et nourrissons des espoirs et des craintes variés.

Ce qui nous rassemble aujourd’hui est la croyance, la conviction, la certitude que le multilatéralisme est plus que jamais nécessaire. Nous nous accordons à penser qu’à l’heure de la mondialisation et de l’interdépendance, la coopération internationale s’avère la solution la plus éclairée, et peut-être la seule, pour améliorer notre bien-être. Nous sommes confrontés à des problématiques qu’aucun d’entre nous ne peut résoudre isolément. Notre pays sont connectés, nos destinées sont entremêlées, nos solutions sont imbriquées. Pour reprendre les propos de Dostoïevski : « Tout homme est responsable de tout, devant tous. »

Mais il est également temps de s’interroger sur les raisons à l’origine des blocages qui s’érigent en obstacle à notre cause commune. Il est temps d’admettre l’existence de dysfonctionnements lorsqu’on constate que 1 % de la population détient la moitié de la richesse mondiale ; que plus de 60 % des travailleurs dans le monde occupent un emploi informel ; que les 10 % des plus riches de l’OCDE gagnent désormais près de dix fois plus que les 10 % des plus pauvres, contre sept fois plus dans les années 80 ; que la confiance placée dans les pouvoirs publics, les institutions, les partis politiques, les banques et les organisations internationales n’a jamais été aussi faible.

Pourquoi ? Parce que les systèmes économiques nationaux et internationaux continuent de laisser trop de monde de côté. Il nous faut par conséquent repenser et relancer la coopération internationale. Le multilatéralisme a donné des résultats, et ce sur de multiples fonts : la lutte contre la faim ; l’extrême pauvreté : le SIDA ; le paludisme ; le travail des enfants ; les Objectifs de développement durable ; ou encore l’Accord de Paris sur le Climat. L’OCDE pour sa part a obtenu de remarquables accords dans les domaines de la transparence fiscale ; de l’érosion de la base d’imposition et du transfert de bénéfices ; de la lutte contre la corruption ; de l’amélioration de la gouvernance d’entreprise ; et de la conduite responsable des entreprises pour n’en citer que quelques-uns.

Nous menons également de nouvelles initiatives multilatérales majeures pour rendre la mondialisation plus humaine, comme le Cadre pour une croissance inclusive et la Nouvelle stratégie pour l’emploi. Notre collaboration avec le G20 s’est renforcée au fil des ans, ce qui nous aide à amener les grandes économies émergentes à adopter les normes de l’OCDE dans les domaines de la fiscalité, de la gouvernance d’entreprise, ou encore de l’investissement. Nous avons également obtenu des accords stratégiques sur, entre autres, l’autonomisation des femmes et la surproduction d’acier. Des avancées considérables ont déjà été réalisées grâce au multilatéralisme !

Il reste néanmoins encore du chemin à faire pour rendre le multilatéralisme plus efficace, plus transparent, plus inclusif et faire en sorte qu’il suscite davantage la confiance. Nous devons également veiller à la mise en œuvre effective de nos normes internationales afin d’harmoniser les règles du jeu au niveau mondial. L’OCDE a élaboré près de 450 instruments juridiques multilatéraux depuis sa création. Plus de la moitié d’entre eux sont encore en vigueur aujourd’hui. Afin de leur conserver toute leur pertinence, nous avons lancé un examen des activités d’établissement de normes à l’échelle de l’ensemble de l’OCDE afin de nous assurer que ces instruments répondent toujours aux enjeux auxquels sont confrontés les pouvoirs publics.

Nous devons renforcer notre engagement en faveur de la croissance inclusive et l’inscrire au cœur du système multilatéral. Malgré les avancées récentes, les inégalités continuent de se creuser, ce qui a pour effet de ruiner la vie des individus, de compromettre leur contribution potentielle, et d’éroder leur confiance dans la démocratie. De telles disparités sont injustes, dangereuses sur le plan politique et nocives pour nos économies. Nos travaux montrent que ces inégalités affaiblissent la productivité et la croissance globales, dans la mesure où elles nuisent à la capacité des 40 % les plus pauvres d’investir dans l’éducation et le développement des compétences de leurs enfants.

Le Forum de l’OCDE offre l’occasion d’examiner les incidences et l’énorme potentiel de la transformation numérique. Ce phénomène et ses dérivés (réseaux sociaux, intelligence artificielle, données massives ou encore Internet des objets) transforment rapidement toutes les facettes de nos sociétés et de nos économies. Notre projet Vers le numérique et la nouvelle Stratégie pour l’emploi de l’OCDE explorent ces questions afin de nous aider à mieux appréhender ces nouvelles technologies et à fournir aux décideurs publics des éléments concrets et des options pour étendre la connectivité, renforcer la cyber-sécurité et tirer le meilleur parti de l’économie numérique.

Salman Rushdie, dans l’un de ses ouvrages les plus emblématiques et multiculturels, L’Enchanteresse de Florence, a écrit : « Le drame des hommes n'est pas que nous soyons tellement différents les uns des autres, mais que nous soyons tellement semblables. » Si la trouvaille est bonne, j’estime pour ma part que c’est la combinaison des deux, à savoir de nos disparités et de nos similitudes qui donne toute sa résilience à l’espèce humaine.

Ce sont les pays qui apprendront à tirer le meilleur parti de nos différences et de nos points communs, en célébrant tout à la fois leur spécificité nationale et leur pluralité, tout autant que leur proximité avec les « autres », et en bâtissant des passerelles plutôt qu’en creusant des fossés, qui occuperont les premières places dans ce monde. Nous sommes tous des hybrides culturels et avons besoin les uns des autres pour réussir. Il est temps de faire de nos différences et de nos complémentarités un atout !

Adapté des observations liminaires du Secrétaire général lors du Forum de l’OCDE, qui s’est tenu le 29 mai 2018. L’intégralité du texte original est disponible à l’adresse suivante :

http://www.oecd.org/fr/apropos/secretairegeneral/sg-opening-remarks-oecd-forum-france-may-2018.htm

Twitter: @A_Gurria

http://observateurocde.org/

http://www.oecd.org/fr/apropos/secretairegeneral/

©OECD Observer No 314 Q2 2018