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Trois atouts qui doivent permettre à la Finlande de garder une longueur d’avance

En 1969, quand la Finlande est devenue membre de l’OCDE, elle se tenait délicatement en équilibre entre l’Ouest et l’Est. Rien ne semblait indiquer qu’elle était en chemin vers la prospérité. Le revenu par habitant y était inférieur de près de 30 % à celui de la Suède.

Dans les années 70 et 80, la Finlande a rapidement rattrapé les pays les plus performants, comme la Suède et de l’Allemagne, l’écart de revenu par habitant se réduisant à moins de 10 %. Mais au début des années 90, elle a connu une grave récession : son PIB a chuté de 10 % entre 1990 et 1993 et l’économie finlandaise a également été mise à mal par une grave crise bancaire.

Cette période fut douloureuse : le taux de chômage a frôlé les 18 % en 1994. Mais la Finlande a montré sa capacité de récupération, son sisu, comme on dit là-bas. L’économie a amorcé une reprise en se tournant progressivement vers des activités fondées sur le savoir, comme l’a prouvé le succès spectaculaire de Nokia. L’adhésion de la Finlande à l’Union européenne en 1995 a soutenu les réformes économiques et stimulé les échanges.

Quand la crise financière mondiale a éclaté, en 2008, le revenu par habitant de la Finlande avait rattrapé celui de l’Allemagne et de la Suède. Mais, comme en 1990, la crise a durement frappé le pays. Il a fallu dix ans pour que le PIB de la Finlande retrouve son niveau d’avant la crise. Toutefois, la croissance économique et l’emploi ont repris ces trois dernières années, incitant de nouveau à l’optimisme. La production a augmenté de 2.5 % par an en moyenne et le taux d’emploi atteint aujourd’hui 72.6 %.

La Finlande se trouve aujourd’hui très bien placée dans plusieurs domaines au niveau mondial. Selon le Tableau de bord européen de l’innovation, elle compte parmi les pays les mieux classés de l’enquête PISA (le Programme international pour le suivi des acquis des élèves de l’OCDE) et se situe dans le peloton de tête en matière d’innovation.

La Finlande enregistre l’un des niveaux d’inégalité des revenus les plus faibles de l’OCDE et l’un des meilleurs résultats au monde en matière d’égalité entre les sexes. Les politiques environnementales sont ambitieuses : les énergies renouvelables constituent désormais près d’un tiers de l’approvisionnement en énergie primaire, loin devant la moyenne de l’OCDE qui se situe à 10 %. La Finlande est aussi l’un des rares pays à intégrer les Objectifs de développement durable (ODD) à son cycle budgétaire.

Les Finlandais se montrent beaucoup plus favorables à la mondialisation que les autres pays de l’OCDE, et leur niveau subjectif de bien-être, de sécurité personnelle et de qualité de l’environnement est l’un des plus élevés de l’OCDE. Ils sont aussi capables de s’adapter rapidement aux évolutions de l’activité économique mondiale et ont renforcé leur présence sur le marché asiatique (qui représentait 15 % de leurs exportations en 2018) ces dernières années.

L’OCDE est fière d’avoir contribué à ces résultats. Depuis 1969, elle soutient la Finlande en lui fournissant des analyses et des recommandations revues par les pairs et fondées sur des données et des éléments probants. L’Organisation et le pays travaillent ensemble à l’appui de la politique nationale d’innovation, des normes de qualité en matière de préscolarisation, de l’insertion des migrants sur le marché du travail et de l’intégration de la Finlande dans les chaînes de valeur mondiales. La collaboration portera ensuite sur l’évaluation des répercussions des réglementations sur les investissements internationaux de la Finlande, et l’OCDE appuiera la présidence finlandaise au Conseil de l’Union européenne sur la question de l’économie du bien‑être. L’Organisation souhaite continuer de contribuer à la réussite de la Finlande et à travailler avec elle sur des thèmes liés, par exemple, au développement régional, aux petites et moyennes entreprises (PME) ou aux politiques inclusives sur la transformation numérique.

Pour ce qui est des 50 prochaines années, la Finlande ne doit pas se reposer sur ses réalisations économiques, en particulier dans le climat d’incertitude qui règne à l’échelle mondiale. 

Si la mondialisation a permis à des millions de personnes de sortir de la pauvreté et à des économies dynamiques, comme celle de la Finlande, de prospérer, elle a aussi donné à de nombreux citoyens le sentiment d’être laissés pour compte, et déclenché ainsi un réveil du populisme, du nationalisme et du protectionnisme, qui menacent actuellement les perspectives de croissance et portent surtout préjudice aux ménages à faible revenu.

L’opposition au multilatéralisme a aussi progressé. Pourtant, alors que les économies sont de plus en plus intégrées et confrontées à des défis d’envergure mondiale comme le changement climatique et la sécurité numérique, nous avons plus que jamais besoin de la coopération multilatérale. Nous comptons sur la Finlande pour défendre la coopération internationale et le multilatéralisme pendant sa présidence du Conseil de l’UE, qui a débuté en juillet dernier.

Je suis convaincu que l’importance mondiale et multilatérale de la Finlande ira croissant dans les 50 prochaines années, et ce, pour trois raisons.

D’abord, Les Finlandais sont visionnaires ! La Finlande est un acteur mondial de première importance en matière de prospective stratégique à l’appui de l’action publique. Les débats de la commission pour l’avenir du Parlement de Finlande, les évaluations prospectives régulières réalisées au niveau interministériel, les importants investissements d’avenir faits par le SITRA, un fonds d’investissement pour l’innovation, et bien d’autres, s’inscrivent dans ce cadre. Grâce à ces mesures, la Finlande affiche souvent une longueur d’avance face aux nouveaux enjeux de l’action publique.  

Ensuite, les Finlandais sont innovants ! La Finlande est prête à tenter de nouvelles expériences. Par exemple, l’initiative intitulée Elements of Artificial Intelligence s’inscrit dans une série d’expérimentations sociales qui testent des idées afin d’améliorer le fonctionnement de la société. La visée de cette initiative était d’enseigner l’apprentissage automatique (machine learning) à 1 % de la population finlandaise, mais elle a déjà dépassé ses objectifs initiaux, avec des milliers de nouvelles inscriptions chaque semaine en Finlande et dans le monde.

Enfin, les Finlandais sont porteurs d’harmonie ! Je suis convaincu que leur souci de l’inclusivité, de la durabilité et de l’intérêt général fait partie intégrante de l’identité finlandaise. Protéger ces qualités essentielles permettra à la Finlande de se maintenir en tête de peloton et d’affermir sa position de chef de file mondial.

La Finlande peut compter sur l’OCDE pour l’aider à concevoir, élaborer et mettre en œuvre des politiques meilleures pour une vie meilleure dans les cinquante années à venir.


La Finlande a rejoint l’OCDE le 28 janvier 1969. Texte adapté d’un discours tenu lors du symposium : « Will we stay on top? Finland's next 50 years in the OECD », qui célébrait le cinquantième anniversaire de l’adhésion de la Finlande à l’Organisation, le 15 mars 2019. La version originale est disponible à l’adresse suivante : http://www.oecd.org/fr/apropos/secretairegeneral/50th-anniversary-symposium-of-finland-in-the-oecd-helsinki-march-2019.htm

©L’Observateur de l’OCDE, mars 2019