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La confiance, secret de l’éducation à la finlandaise

Dans les classements internationaux des systèmes éducatifs, la Finlande arrive systématiquement parmi les mieux notés, au point que son nom est devenu pour certains synonyme d’excellence. Si elle n’est pas le seul pays à faire ainsi référence à l’échelle mondiale, elle possède en revanche cette particularité que toutes ses écoles sont vraiment des écoles d’élite. En effet, les disparités entre établissements n’expliquent pas plus de 5 % des écarts de résultats observés dans l’ensemble entre les élèves.

Autrement dit, quel que soit l’établissement où ils les inscrivent, les parents peuvent être certains que leurs enfants recevront une solide instruction. Le système finlandais est bâti sur le principe que tous les élèves peuvent réussir, indépendamment de leur origine sociale, et que toutes les écoles, peu importe l’endroit où elles se trouvent, doivent être des écoles de qualité.

La Finlande nous montre également qu’il existe différents itinéraires de réussite. Voilà en effet un système éducatif où les élèves passent moins de temps à l’école que dans bon nombre de systèmes asiatiques où règne un fort esprit de compétition. Les enseignants finlandais donnent généralement moins de devoirs que les autres et n’ont plus à subir d’inspections.

La Finlande est parvenue à faire du métier d’enseignant un métier attrayant et des mieux considérés. Il n’est guère aisé d’intégrer les formations qui préparent à son exercice, et les candidats sont nombreux. Le fait est que seul un sur dix, en moyenne, est retenu. Ceux qui ont été écartés se rabattront généralement sur le droit ou la médecine, ce qui laisse imaginer quel prestige entoure le corps enseignant. Réservée aux titulaires d’un master, la profession attire à elle les éléments les plus brillants. Une fois affectés à un établissement, les enseignants sont censés continuer d’améliorer leurs compétences – le perfectionnement professionnel est en Finlande une obligation. Leur rémunération n’est pas particulièrement enviable (les budgets par élève et les salaires sont dans la moyenne européenne) mais les enseignants sont reconnus et respectés, on a confiance en eux et leur liberté d’action est importante.

Les investissements significatifs consentis par les dirigeants finlandais pour pourvoir au perfectionnement professionnel constituent un élément important de l’équation. Les futurs enseignants reçoivent une formation exigeante et, une fois certifiés, une latitude de décision sans pareille leur est laissée en ce qui concerne, entre autres, les programmes et les évaluations. Les enseignants finlandais jouissent d’un crédit et d’une autonomie que l’on pourra comparer à ceux, par exemple, d’un médecin ou d’un juriste.

D’aucuns affirment que cette culture de la confiance tout à fait unique en son genre interdit de calquer le modèle finlandais en quoi que ce soit de concret. Pourtant, cette confiance procède tout autant de décisions politiques que du substrat culturel. Le respect qui est témoigné depuis toujours aux enseignants finlandais fournit une assise solide aux réformes, en plus d’entretenir une interaction positive avec le développement d’environnements pédagogiques innovants et propices aux apprentissages. Forts de la confiance des pouvoirs publics, et de la considération que leur vaut leur formation universitaire dans une filière particulièrement sélective, les enseignants exercent leur métier de telle manière que les parents et d’autres membres de la société ne se fient que davantage à eux. De même, la cohérence de l’action publique – qui met à l’abri des revirements au gré des cycles électoraux et des changements de majorité – incite les enseignants à la confiance vis-à-vis de leur autorité de tutelle.

La réussite éducative de la Finlande ne s’est pas faite du jour au lendemain : il y a fallu plusieurs décennies. C’est lentement mais sûrement, par des réformes et en réponse à l’évolution des besoins de son économie, que le pays est devenu une « grande puissance » en ce domaine. À la fin des années 60, peu avant son adhésion à l’OCDE, la Finlande a pris la décision d’instaurer un système non sélectif, permettant ainsi à tous les élèves, et non pas seulement aux plus doués d’entre eux, de recevoir une instruction de qualité. La mise en œuvre de cette réforme ne s’est achevée qu’à la fin des années 70. Pour mener à bien la refonte du système et dissiper les inquiétudes qu’elle suscitait, on a entrepris en parallèle d’améliorer sensiblement la qualité de l’enseignement, notamment en confiant aux universités la formation des enseignants et en la rendant bien plus exigeante qu’elle ne l’était jusqu’alors.

La conjoncture économique elle aussi a poussé dans le même sens : au début des années 1990 en effet, la Finlande a plongé dans une grave récession. Le taux chômage a atteint près de 20 %, le PIB s’est contracté et la dette publique s’est alourdie. L’éducation offrait un moyen de restructurer l’économie nationale, ce qui signifiait délaisser des industries sur le déclin (comme la production de pâte à papier ou de caoutchouc) pour se tourner vers la technologie et le marché mondial des télécommunications, alors en pleine croissance. Le nombre de Finlandais travaillant dans le secteur de la recherche-développement s’est rapidement accru avec l’essor de sociétés comme Nokia qui, d’entreprise de pâte à papier qu’elle était au XIXe siècle est devenue l’un des plus grands noms de la téléphonie mobile à la fin du XXe et est aujourd’hui encore, en plein XXIe siècle, un leader dans le domaine des systèmes de télécommunications.

Pour autant, à l’heure où ce qui est facile à enseigner et à évaluer est également facile à traiter à l’aide d’outils numériques et à automatiser, le système éducatif finlandais n’en a pas moins de nombreux défis à relever. Au cours de la dernière décennie, la Finlande a chuté dans le classement du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l’OCDE, en termes absolus d’une part, mais aussi en termes relatifs du fait des progrès rapides accomplis par d’autres systèmes éducatifs, notamment asiatiques. De plus, si brillante que soit l’école finlandaise, le chômage des jeunes n’en est pas moins élevé, ce qui montre que le pays a fort à faire pour réaccorder son système éducatif à la marche rapide de notre monde. Compte tenu de la capacité d’adaptation dont elle sait faire preuve, gageons qu’à l’heure de la révolution numérique, la Finlande peut encore convoiter la première place.

Références et lectures complémentaires

OCDE (2018), Regards sur l’éducation 2018 : Les indicateurs e l’OCDE, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/eag-2018-fr.

Pour en savoir plus sur le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l’OCDE : http://www.oecd.org/pisa-fr/

Cet article fait partie d’une série consacrée à la célébration du 50e anniversaire de l’adhésion de la Finlande à l’OCDE www.oecdobserver.org/finland50oecd

© L’Observateur de l’OCDE, janvier 2019