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Beyond Our Shores

Si jamais vous doutez des avantages de la libéralisation du commerce, vous pouvez, comme les étudiants en économie, vous pencher sur l’histoire de Robinson Crusoë. Des générations d’étudiants ont découvert la façon dont Crusoë, naufragé sur une île déserte et coupé de tout, a pu améliorer son bien-être en se réintégrant économiquement au vaste monde. Il est donc bienvenu que l’ouvrage de Tim Harcourt, Beyond Our Shores, s’intéresse à l’Australie, la terre la plus aride du monde, et la seule île-continent. Cet excellent recueil d’articles bien équilibré illustre concrètement les avantages et les défis de la mondialisation.

Il existe de très nombreux livres sur la mondialisation, mais qui se concentrent le plus souvent sur ses inconvénients. Beyond Our Shores est d’une originalité rafraîchissante. Dans les études qui le composent, M. Harcourt, qui est chef économiste à l’Austrade, dépeint l’émergence d’un groupe d’exportateurs australiens dynamique, novateur et diversifié. Il décrit par exemple la mutation du secteur viticole, poussée par les exportations de vins de qualité supérieure sur les marchés européen, américain et asiatique, grâce à un engagement de recherche et de développement, et à la volonté des viticulteurs d’adopter les dernières technologies en viticulture et en marketing. La transformation a été tellement rapide qu’en 20 ans, l’Australie est devenue le 4ème exportateur mondial de vin, et les revenus annuels de ces exportations s’élèvent à environ 3 milliards de dollars australiens.

Beyond Our Shores offre aussi un aperçu de la manière dont l’Australie a réussi à réformer son économie au cours des 25 dernières années, et à bénéficier des nouvelles technologies, de l’essor des marchés émergents, particulièrement en Asie, et de marchés internationaux plus ouverts et compétitifs. Tim Harcourt démontre de manière convaincante que ceci a permis de créer une base d’exportation plus diversifiée, notamment dans les secteurs de pointe comme la biotechnologie. Bien que les ressources et produits agricoles restent les exportations principales, on sera surpris d’apprendre que l’Australie est maintenant l’un des premiers exportateurs de prothèses auditives et de tissus cellulaires synthétiques destinés aux greffes de la peau.

En utilisant l’exemple australien, M. Harcourt réussit à présenter une analyse accessible et probante des moteurs de la mondialisation, et des possibilités qu’elle offre aux économies et entreprises de toutes natures. L’un des principaux objectifs de Beyond Our Shores est aussi de susciter les aspirations et la confiance des entreprises australiennes envers les marchés d’exportation, et de mieux faire connaître les services professionnels qu’Austrade peut fournir. Ce livre est utile pour les négociants et les professionnels de l’investissement de nombreux pays, de même que pour les étudiants en économie – ce qui ne doit pas pour autant les empêcher de lire Robinson Crusoë.

Il pourrait être utile d’ajouter à cet ouvrage un panorama des résultats d’ensemble de l’Australie à l’exportation, et de les comparer avec les résultats de ses pairs. Le tableau serait à l’évidence moins rose. Selon les données de l’OCDE, les résultats de l’Australie à l’exportation pour l’ensemble des biens et services ont fléchi de quelque 25 % depuis 1999. Il ne s’agit évidemment pas de mettre en cause Austrade. Au contraire, cela montre que les difficultés auxquelles l’Australie est confrontée résident à l’extérieur du pays.

Cette situation s’inscrit dans un problème plus vaste pour l’économie australienne. La conquête de nouveaux marchés extérieurs est un travail sans fin, qui suppose de renforcer les capacités productives du pays, et notamment ses infrastructures d’exportation. Les goulets d’étranglement du côté de l’offre, qui caractérisent les ports et le réseau de transport, entravent le potentiel australien sur les marchés d’exportation. Pour réduire ces obstacles, il faut un programme d’action national de grande envergure, visant notamment à attirer des investissements d’un niveau et d’un rendement plus élevés dans les infrastructures. Ces questions vont au-delà du propos de Beyond Our Shores, mais j’attends avec intérêt de lire un jour un volume complémentaire, qui pourrait s’intituler Within Our Shores.

Certains chapitres peuvent être téléchargés gratuitement (en anglais) sur www.austrade.gov.au, section « Economist’s Corner ».

©L’Observateur de l’OCDE, n°256, juillet 2006