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L’Aide pour le commerce à l’ère 2.0

L’accès au commerce numérique mondial peut donner le coup de pouce nécessaire au programme pour le développement, écrit Jorge Moreira da Silva, Directeur de la Direction de la coopération pour le développement de l’OCDE (DCD).

Que recouvre concrètement la « connectivité numérique à l’appui du développement durable » ? Prenons le cas de Praew qui, en Thaïlande, parcourait chaque jour les 15 kilomètres la séparant du marché de nuit de Chiang Mai où elle vendait ses vêtements. Face à la demande des clients, elle a tenté de mettre en ligne son petit commerce (tenu uniquement par des femmes), mais s’est heurtée à des obstacles l’empêchant d’accéder au marché mondial. En 2015, elle a appris à utiliser les services d’Amazon pour expédier ses produits dans le monde entier, et ses bénéfices ont augmenté de 70 %, ce qui lui a permis d’employer d’autres personnes de son entourage. Prenons encore Clotel qui, après avoir suivi une formation aux techniques du numérique et de la gestion, a hissé sa modeste parfumerie au rang de premier détaillant de parfums en ligne du Cameroun, et a multiplié ses ventes par cinq. Prenons enfin l’entrepreneur chinois Du Qianli : via le site qu’il a créé sur la plateforme Taobao, il commercialise les plantes récoltées par des villageois des monts Taihang. Ces populations en tirent des revenus supplémentaires qui leur permettent de scolariser leurs enfants. En exploitant le potentiel de la connectivité numérique, ces entrepreneurs ont désormais les moyens de sortir de la pauvreté et d’aider les membres de leur communauté à faire de même.

Ces trois exemples font partie des 145 études de cas rassemblées dans l’édition 2017 de la publication conjointe de l’OCDE et l’OMC Panorama de l’Aide pour le commerce. Ils illustrent l’objectif fondamental du programme d’action pour le financement du développement, à savoir garantir de meilleures conditions de vie POUR TOUS en mobilisant des ressources publiques et privées d’une ampleur sans précédent. Une Aide pour le commerce qui favorise l’accès aux marchés numériques s’inscrit dans la logique du Programme de développement durable à l’horizon 2030, qui vise à créer un monde plus inclusif et interconnecté.

La publication souligne la manière dont la connectivité numérique et matérielle transforme nos sociétés, et contribue à des échanges inclusifs ainsi qu’à une croissance durable. Une meilleure connectivité élargit le champ des possibilités économiques en permettant aux micro, petites et moyennes entreprises (MPME) des pays en développement d’accéder plus facilement et à moindre coût aux marchés.

Mettre à profit la connectivité pour réduire la fracture numérique

Pour créer un marché mondial interconnecté qui ne laisse personne de côté, des connexions internet accessibles et abordables sont une condition nécessaire mais non suffisante. Afin de mettre l’économie numérique au service des pays en développement, il faut aussi renforcer la culture et l’identité numériques, ainsi que l’inclusion financière.

En raison du retard persistant des pays en développement dans le domaine des infrastructures des technologies de l’information et de la communication (TIC), il est plus difficile de réduire la fracture numérique, non seulement entre les pays développés et les pays en développement, mais aussi entre les villes et les zones rurales, entre les femmes et les hommes, et entre les personnes diplômées et celles ayant un faible niveau d’instruction. Environ 3,9 milliards de personnes n’ont toujours pas d’accès internet ; seule une personne sur quatre utilise internet en Afrique ; et seulement une sur sept dans les pays les moins avancés.

Depuis le lancement de l’initiative Aide pour le commerce, un montant total de 155 milliards USD a été alloué à la création d’infrastructures liées au commerce et à l’approvisionnement en énergie – deux secteurs essentiels pour traduire les possibilités offertes par le numérique en réalités commerciales. Le montant cumulé des versements effectués depuis 2006 dans le cadre de programmes visant à améliorer les infrastructures économiques, à développer la capacité de production et à appuyer le volet des politiques commerciales consacré au renforcement des capacités atteint près de 300 milliards USD. Les engagements au titre de l’Aide pour le commerce ont augmenté de plus de 10 % par an, et s’établissent aujourd’hui à 54 milliards USD.

Si les partenaires au développement reconnaissent qu’il est impératif de réduire la fracture numérique, ils n’en ont pas pour autant augmenté le financement concessionnel à l’appui de projets dans le domaine des TIC. L’aide publique au développement (APD) destinée au développement numérique, qui s’élève à environ 600 millions USD en moyenne chaque année, est relativement stable depuis 10 ans. Il faut que les choses changent.

Ce constat souligne la nécessité d’une coordination avec le secteur privé. Les donneurs les plus actifs collaborent étroitement avec le secteur privé afin d’axer leur aide aux pays en développement sur la mise en place d’un cadre réglementaire susceptible d’attirer des investissements privés contribuant à la construction des infrastructures matérielles de TIC. Le Programme d’action d’Addis-Abeba reconnaît le rôle essentiel qui sera celui des autres sources de financement du développement dans la concrétisation des Objectifs de développement durable (ODD). Il faudra renforcer les synergies entre le secteur public et le secteur privé pour multiplier par mille les milliards de dollars alloués aux ODD, et pour mettre à profit l’investissement d’une manière qui permette véritablement d’améliorer la vie de tous.

L’OCDE appuie la mise en œuvre du programme d’Addis-Abeba au moyen d’un financement du développement porteur de transformations – financement mixte combinant aide publique et ressources privées, élaboration de nouveaux modes de mesure du soutien public, etc. Si les discussions sur la manière de procéder sont encore en cours au sein du Comité d’aide au développement de l’OCDE, il importe aujourd’hui d’attirer des investissements supplémentaires à l’appui du développement durable et d’œuvrer collectivement à une mobilisation efficace de ces ressources, de sorte que le financement du développement soit adapté à l’objectif poursuivi, mais aussi aux enjeux futurs.

Références et bibliographie

OCDE/OMC (2017), Panorama de l'aide pour le commerce 2017 : Promouvoir le commerce, l’inclusion et la connectivité pour un développement durable, OMC, Genève/Éditions OCDE, Paris.

Alibaba.com (2012), Alizila News : E-commerce in Rural China.

Nkoth Bisseck, Candace (2016), Changing traders’ lives via eCommerce in Africa.

Roth, David K. (2016), « Aid for Trade–Case Story: Lanna Clothes Design », OCDE-OMC.

Troisième conférence internationale sur le financement du développement (2015), « Les pays parviennent à un accord historique pour financer le nouveau Programme de développement durable », Nation Unies.

©L'Observateur de l'OCDE, juillet 2017