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Montée du niveau des océans : s’adapter ou périr ?

Les États insulaires de faible altitude comme les Maldives et les villes côtières densément peuplées comme New York ont une chose en commun : ils doivent faire face à la montée du niveau des océans. Près d’un quart de la population mondiale vit à moins de 100 mètres de la mer. Sans pouvoir précisément en prédire le rythme et la limite de la montée actuelle, nous savons que le phénomène se poursuivra et que les conséquences en seront coûteuses. 

Rien qu’en Europe, la valeur des biens physiques situés à moins de 500 mètres de la mer représente au moins entre 500 milliards et 1 000 milliards EUR – et ces estimations datant de 2009, elles sont certainement très loin du compte. En cas de fonte des calottes glaciaires de l’Antarctique occidental et du Groenland, le niveau des océans augmenterait de plus de deux mètres d’ici 2100, ce qui suffira pour inonder, voire engloutir, des métropoles comme Miami ou Shanghai, mais aussi des pays de delta comme le Bangladesh.

En définitive, le seul moyen de limiter le risque d’impacts catastrophiques et non maîtrisables consiste à maintenir le réchauffement planétaire bien en deçà de 2C, conformément aux engagements pris par les États. Mais ces derniers ne peuvent-ils rien faire d’autre pour empêcher le pire d’arriver ?

Il faudrait tout d’abord dresser l’état des lieux de ce qui doit être protégé. Si le sort des populations est bien évidemment prioritaire, il n’en importe pas moins de préserver (voire déplacer) les actifs fixes dont les villes et, souvent des régions entières, sont tributaires : hôpitaux, centrales électriques, patrimoine artistique et culturel, biens d’équipement professionnels et matériels de transport, centre de données, entre autres exemples. Il incombe également aux pouvoirs publics de faire davantage pour dissuader les populations de s’installer et de construire dans les zones vulnérables.

Agir, et dans le bon sens

Soucieux de s’adapter au changement climatique, nombre de pays planchent actuellement sur des stratégies régionales et nationales pour s’adapter au changement climatique et à l’élévation du niveau des mers. Aux Pays-Bas, par exemple, le programme Delta consacre 1 milliard EUR par an à la gestion du risque d’inondation fluviale et maritime. Dans tous les pays de l’OCDE, des stratégies et plans d’adaptation existent déjà ou sont à l’étude.

Toujours est-il que le temps presse, et il est primordial d’avancer dans l’élaboration de ces stratégies et de les mettre en œuvre sans délai. Pour autant, dans les pays pauvres (mais pas seulement), on continue de bâtir dans des zones à haut risque, et de nombreuses infrastructures ne sont tout simplement pas prévues pour durer ou pour résister à la montée des eaux. Il arrive également que des fonds nationaux d’indemnisation servent à financer la reconstruction à l’identique de zones sinistrées, sans prévoir le moindre dispositif d’adaptation, comme si aucune leçon n’avait été tirée du passé.

Dans les régions les plus démunies et les plus vulnérables, la mise en œuvre des plans de résilience et d’adaptation au changement climatique est contrecarrée par un manque de moyens institutionnels, humains et financiers, ainsi que par une urbanisation désordonnée et effrénée, qui se caractérise généralement par la présence d’habitat informel dans les zones à plus haut risque. La communauté internationale est désormais sollicitée pour financer les efforts d’adaptation. C’est le cas au Vanuatu, où une revégétalisation d’une partie des côtes a été entreprise, ou encore, dans l’archipel des Tuvalu, où le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et le Fonds vert pour le climat aident les autorités à restaurer l’écosystème et à déployer des digues de mer et autres ouvrages de défense.

Même dans les pays riches, diverses contraintes financières et institutionnelles, conjuguées à l’incohérence des politiques, entravent l’intervention publique et, de plus, créent les conditions de nouvelles catastrophes. Ainsi, il n’est pas rare que les autorités locales disposent d’une capacité d’emprunt limitée et dépendent principalement des recettes fiscales immobilières pour se financer. Cela peut les amener à rechigner à refuser des projets d’aménagement du littoral, en particulier en bord de mer, où les prix immobiliers sont élevés en dépit des risques d’érosion et d’inondation du littoral. Le marché immobilier semble en effet insensible à ces risques : même dans les zones les plus menacées, des biens se vendent à prix d’or. Par exemple, en 2009, les prix exorbitants de l’immobilier ont ainsi empêché une collectivité locale australienne de mener à bien son projet d’acquisition foncière dans une zone côtière menacée.

Regarder les choses en face

L’action publique compte autant qu’une meilleure information. Heureusement, des mesures d’adaptation préventive commencent à être prises ici et là. L’OCDE a conçu un cadre pour les accompagner, qu’il s’agisse d’améliorer l’aménagement du territoire, de recenser les biens et services menacés, ou d’incorporer des mécanismes rentables de résilience dans les projets d’infrastructure. Ainsi, la ville de New York a créé des espaces verts, adapté ses stations de traitement des eaux usées et repensé le revêtement de la voirie et des toitures afin d’accélérer la récupération et le ruissellement des eaux de crue. D’autres pays, dont la France et l’Afrique du Sud, recourent à un arsenal novateur de solutions naturelles, consistant par exemple à restaurer et protéger les terres humides qui absorbent l’eau en excès, ou encore à ériger des dunes et récifs pour freiner l’érosion du littoral.

Une meilleure surveillance et une meilleure évaluation de la situation peuvent également contribuer à améliorer l’action des pouvoirs publics et les pratiques établies. Au Royaume-Uni, l’évaluation nationale des risques liés au changement climatique concerne la dimension humaine et matérielle des risques d’inondation et d’érosion du littoral, ainsi que les mesures à prendre pour réduire ces risques.

En 2017, un puissant ouragan a laissé sous les eaux Houston, ville pétrolière, occasionnant un lourd bilan humain et matériel. À la même époque, le Bangladesh a connu de graves inondations, qui ont tué plus d’un millier de personnes. Jusqu’à quel point la situation devra-t-elle empirer pour qu’enfin, nous aménagions le littoral de manière à protéger les populations et habitations de la montée des eaux ? Il n’est pas suffisant d’être averti. Comme Albert Einstein l’a dit un jour, une personne intelligente résout un problème, une personne sage l’évite.

Références et liens

Vallejo, L. et M. Mullan (2017), « Climate-resilient infrastructure : Getting the policies right », OECD Environment Working Papers, n° 121, Éditions OCDE, Paris, http://dx.doi.org/10.1787/02f74d61-en.

OCDE (2016), L’adaptation nationale au changement climatique : Nouvelles pratiques de suivi et d’évaluation, Éditions OCDE, Paris, http://dx.doi.org/10.1787/9789264247031-fr.

OCDE (2015), Les conséquences économiques du changement climatique, Éditions OCDE, Paris, http://dx.doi.org/10.1787/9789264261082-fr.

Lire « Adaptation to Climate Change in the Coastal Zone in Vanuatu », sur www.pacific.undp.org/content/pacific/en/home/operations/projects/environment_and_energy/Van_CAP.html.

Rigg, Kelly (2012), « Réagir au changement climatique », L’Annuel de l’OCDE 2012, http://oe.cd/2cg.

Holloway, Cas (2011), « New York, ville bleue », L’Observateur de l’OCDE, http://oe.cd/2ci.

©L'Observateur de l'OCDE n°312 T4 2017