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Un nouveau réseau pour des économies ouvertes et des sociétés inclusives

Il y a dix ans, qui aurait deviné que les politiques commerciales et d’investissement seraient aujourd’hui l’un des sujets les plus controversés dans les pays de l’OCDE ? La mondialisation a déjà suscité des manifestations auparavant, mais cela semble différent cette fois. Comme l’a écrit Martin Wolf dans le Financial Times : « L’ère de la mondialisation s’inscrivant dans un ordre établi par les États-Unis touche à sa fin […]. La question est de savoir si le protectionnisme et les conflits définiront la phase suivante. »

Pour des économies très ouvertes comme les Pays-Bas, cette question de la forme que prendra la « prochaine phase » en 2017 et au-delà revêt une importance cruciale. Pour l’heure, l’économie néerlandaise croît à un rythme soutenu de 2 % par an, tandis que le chômage reflue rapidement vers 5 %. Mais il existe des risques de baisse, tous liés à la direction dans laquelle se dirige l’économie mondiale. De nombreux autres pays sont ainsi très exposés aux évolutions de l’économie mondiale : plus de deux tiers des pays de l’OCDE affichent des résultats supérieurs à la moyenne à l’aune des indicateurs d’ouverture commerciale, de politique commerciale, d’ouverture à l’investissement direct étranger (IDE) et d’infrastructures propices aux échanges. Plusieurs économies émergentes et en développement, bien que leurs résultats soient inférieurs à la moyenne en la matière, aspirent à s’ouvrir davantage et à s’appuyer sur l’économie mondiale pour améliorer leur bien-être.

L’OCDE a un rôle clé à jouer pour orienter ces aspirations. Et elle coopère avec d’autres organisations internationales telles que l’OMC, le FMI et la Banque mondiale pour démontrer clairement les effets négatifs de la montée du protectionnisme, suivre l’évolution des échanges et de l’investissement, et stimuler le dialogue sur les mesures à prendre pour favoriser une croissance mondiale inclusive. Mais l’OCDE joue également un rôle spécifique de précurseur en matière d’idées et de solutions, et présente des visions et des feuilles de route à suivre, en particulier en période d’incertitude comme aujourd’hui. À cet égard, le thème de la Réunion du Conseil au niveau des ministres (RCM) de l’OCDE présidée en juin par le Danemark, « Mettre la mondialisation au service de tous », était particulièrement opportun.

C’est à cette occasion qu’un groupe de 19 pays a annoncé la création d’un nouveau Réseau pour des économies ouvertes et des sociétés inclusives. Le but est d’entretenir la dynamique d’amélioration des politiques publiques, et de collaborer activement pour promouvoir une économie mondiale efficace, ouverte et relativement équilibrée. Le Réseau sera animé par l’OCDE et a pour double objectif de favoriser l’apprentissage entre pairs et les échanges effectifs de bonnes pratiques d’une part, et de faire émerger un nouvel acteur influent sur la scène internationale d’autre part.

Le contexte ne pourrait pas être plus difficile pour ce nouveau Réseau, compte tenu du rejet de la mondialisation dans certains pays de l’OCDE et de l’atonie des échanges mondiaux. De fait, certains experts pensent que la relation entre commerce et croissance du PIB se transforme fondamentalement, ce qui, selon des analyses de l’OCDE, a contribué au ralentissement de la productivité.

Se pourrait-il que la faible croissance des échanges soit liée au malaise général suscité par la croissance mondiale ? Est-ce imputable à une contraction des « chaînes de valeur mondiales », auquel cas le ralentissement des échanges ne serait qu’une évolution naturelle et, partant, pas foncièrement préoccupante ?

Nous devons pouvoir répondre à ces questions. Il est clair que la multiplication des restrictions aux échanges dans les pays du G20 ne va pas dans le bon sens. Nous savons également que, dans la réalité économique, le commerce et l’investissement ne correspondent pas à deux formes de décisions distinctes pour les entreprises. Même si la tendance générale des deux dernières décennies a été à la libéralisation de l’IDE, de grands projets d’IDE ont récemment subi un exemen plus minutieux par des pays d’accueil. Des analyses plus poussées nous aideraient à cerner la contribution de différents facteurs au ralentissement des échanges et de l’investissement, et les effets produits par ceux-ci sur les marchés du travail et l’expansion économique dans chaque pays.

Globalement, nous devons nous poser des questions difficiles sur le rejet de la mondialisation par le public, sur ce qui a mal tourné et sur les moyens d’y remédier. Nous devons notamment nous demander comment rééquilibrer nos politiques commerciales et d’investissement de manière à faire émerger un système plus équitable, durable et inclusif. Une mesure concrète à cet égard consisterait à faire du respect des normes exigeantes énoncées dans les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales un élément clé des politiques commerciales et d’investissement. Les Conclusions politiques de la RCM de 2017, qui apportent un soutien ferme aux Principes directeurs, constituent une avancée positive dans cette direction. Un autre enjeu concerne la conception de politiques nationales complémentaires plus efficaces pour aider les individus à s’adapter plus vite et mieux aux éventuelles pertes d’emplois liées aux échanges. Dans l’idéal, cela passe non seulement par des « filets de sécurité » efficaces, mais aussi par des politiques de type « tremplin » aidant les individus à rebondir vers de nouveaux emplois.

Il est également crucial de réduire les inégalités excessives et de renforcer les opportunités concourant à étayer des sociétés et des économies productives. Les Pays-Bas, par exemple, montrent depuis plusieurs décennies qu’il est possible de conjuguer une économie très ouverte et une croissance très inclusive. Les possibilités sont néanmoins limitées lorsque l’exclusion de certains segments de la société s’enracine également dans le manque d’équité des règles du jeu internationales et les lacunes de la gouvernance mondiale. Nous devons aussi redoubler d’efforts pour appliquer efficacement la Convention de l’OCDE sur la lutte contre la corruption et les normes essentielles de l’OCDE dans des domaines tels que la gouvernance des entreprises publiques opérant à l’étranger, la coopération internationale en matière d’application du droit de la concurrence, et la libéralisation ordonnée des mouvements de capitaux. Davantage de pays du G20 et autres doivent aussi adhérer à ces instruments.

Dans cet esprit, les membres de notre Réseau sont attachés à :

•      Promouvoir l’ouverture en matière d’échanges et d’investissement (y compris pour les données), tout en réduisant au minimum les risques associés à une interdépendance accrue ;

•      Lutter contre le protectionnisme tout en promouvant des règles du jeu équitables au niveau mondial pour les échanges et l’investissement ;

•      Respecter et promouvoir à l’échelle internationale des normes exigeantes de conduite responsable des entreprises (telles que les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales, la Convention sur la lutte contre la corruption, les Principes de gouvernance d’entreprise, les Principes pour l’élaboration des politiques de l’internet ainsi que le Cadre inclusif du projet sur l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices) ;

•      Réduire les inégalités excessives en matière de revenus, de patrimoine, d’emploi, de santé et d’éducation, et favoriser une croissance plus inclusive.

Les 19 membres fondateurs du Réseau sont essentiellement des économies très ouvertes en matière d’échanges et d’investissement, mais ce Réseau veut accueillir tous les pays (y compris les économies émergentes et en développement) qui partagent l’ambition de renforcer simultanément l’ouverture et l’inclusivité de leur économie pour réellement améliorer le bien-être de leurs citoyens et leur offrir des vies meilleures. Les membres du Réseau visent à renforcer la responsabilisation via le dialogue social, et entendent examiner au moins une fois par an les progrès accomplis (ou leur absence) avec des parties prenantes pertinentes provenant du monde des affaires, des organisations syndicales et de la société civile.

L’article de Martin Wolf doit nous rappeler la nécessité d’aller beaucoup plus loin pour favoriser l’émergence d’un monde meilleur et plus ouvert pour tous. Tel est l’avenir que notre Réseau est déterminé à façonner.

* Les membres fondateurs du Réseau sont l’Allemagne, l’Argentine, la Belgique, le Canada, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, l’Espagne, la Finlande, la Hongrie, le Japon, la Lettonie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Pérou, la Pologne, la République tchèque et la Suède. Pour en savoir plus sur le lancement du Réseau pour des économies ouvertes et des sociétés inclusives, veuillez consulter le communiqué de presse du 8 juin 2017 : www.permanentrepresentations.nl/permanent-representations/pr-oecd-paris/news/2017/05/24/launch-network-for-open-economies-and-inclusive-societies

Références

Chambre de commerce internationale (2015), Open Market Index (OMI)

FMI/Banque mondiale/OMC (2017), Making Trade an Engine of Growth for All

Obstfeld, M. (2016), « Remettre le commerce sur les rails », FMI, Finances & Développement

OCDE (2017), « Making trade work for all », Documents de travail de l'OCDE sur la politique commerciale, n° 202, Éditions OCDE, Paris

OCDE (2017), Perspectives économiques de l'OCDE, Volume 2017 Numéro 1, Éditions OCDE, Paris

Timmer, M.P., B. Los, R. Stehrer et G.J. de Vries (2016), « An Anatomy of the Global Trade Slowdown based on the WIOD 2016 Release », GGDC Research memorandum 162, Université de Groningue

Van den Berg, M. (2016), « From a Free Trade Regime to a Responsible Trade and Investment Regime », OECD Insights

Wolf, M. (2017), « The march to world disorder », Financial Times, 6 janvier 2017

©L'Observateur de l'OCDE n°311 T3 2017