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Faciliter la transition vers l’école primaire

Pourquoi les enfants passent-ils l’essentiel de leur temps à jouer pendant leur dernière année d’éducation préscolaire, et se retrouvent tous sagement assis devant leur enseignant l’année d’après ? Pourquoi les enseignants de nos plus jeunes enfants sont-ils nettement moins bien payés que ceux de nos enfants plus âgés ? Pourquoi y a-t-il si peu de transmission d’informations sur les enfants entre les enseignants de maternelle et ceux de l’école primaire ? La réponse est simple : parce qu’il en a toujours été ainsi.

Nous en savons pourtant beaucoup plus sur la manière dont les enfants apprennent, et sur ce qu’ils apprennent le mieux aux différents stades de leur développement. Il serait temps de tirer des conséquences de cette connaissance acquise et de s’en servir pour orienter les politiques et pratiques en matière d’éducation. C’est dans cette optique que l’OCDE vient de publier sa première série d’indicateurs internationaux sur l’accueil et l’éducation des jeunes enfants. Au-delà de la préparation à l’école, nous nous sommes demandé comment aider les enfants et leurs parents à construire des bases solides pour leur avenir.

Les premières années de la vie sont déterminantes pour l’apprentissage et le développement des compétences, c’est pourquoi il peut être extrêmement bénéfique à long terme d’investir dans l’accueil et l’éducation des jeunes enfants, en particulier des plus fragiles d’entre eux. La plupart des pays de l’OCDE le reconnaissent, et nos indicateurs le montrent : les dépenses et les effectifs dans ce secteur ont considérablement augmenté. Dans la plupart des pays industrialisés, l’éducation préscolaire, autrefois réservée à une minorité, est un service qui accueille désormais tous les enfants ou presque, au moins pour une année, même si des difficultés subsistent parfois pour les plus petits. Mais les effets positifs de la préscolarisation peuvent vite se dissiper si la transition vers le primaire n’est pas bien préparée, ou si la continuité en termes de qualité n’est pas assurée. Pour beaucoup d’enfants, passer de l’éducation préscolaire à l’école primaire implique un changement culturel important. Tout est différent : le personnel qui s’occupe d’eux, les interactions avec les autres, les effectifs, les activités et l’aménagement des lieux. À cela s’ajoutent souvent d’autres problèmes : fragmentation des services, acteurs difficiles à mobiliser, absence de collaboration et mauvaise gestion de l’information.

Une transition de qualité, bien préparée, centrée sur l’enfant et menée par des professionnels compétents qui collaborent étroitement et suivent des programmes éducatifs cohérents peut faire beaucoup pour faire durer les effets positifs de la préscolarisation jusqu’à l’école primaire et au-delà.

Mais ce n’est pas tout. Une transition réussie doit aussi reposer sur le principe de la continuité professionnelle. Dans la plupart des pays étudiés (mais pas tous), les enseignants de l’éducation préscolaire et ceux du primaire ont déjà accès à des formations sur le processus de transition, et les niveaux de qualification requis dans les deux systèmes tendent de plus en plus à s’aligner. Mais dans le préscolaire, il y a souvent moins de temps que dans le primaire pour des activités extérieures. Il existe des différences de statut et de perspectives professionnelles entre les enseignants du préscolaire et du primaire, et des obstacles structurels à la coopération et à la coordination. On constate aussi, pour les deux niveaux, un manque de formation et de soutien à la transition.

La continuité des programmes et des approches pédagogiques est également importante. Beaucoup de pays ont fait des efforts pour harmoniser et adapter leurs programmes, de sorte que les techniques et les stratégies éducatives ne varient pas trop d’une situation à l’autre. Cependant, dans la majorité des cas, les effectifs des classes sont plus nombreux en début de primaire qu’auparavant. Aux discordances dans les programmes s’ajoutent en outre des conceptions disparates de la pédagogie et de sa mise en œuvre de la part des professionnels de préscolaire et du primaire.

Un autre aspect essentiel de la continuité est celui du développement de l’enfant. Le rapport rend compte des nombreux efforts qui ont été faits pour préparer les enfants, les parents et les enseignants à aborder la transition vers l’école primaire, mais la participation des enfants à cette préparation est loin de se voir accorder partout la même importance. Tous les pays ne font pas non plus le même travail d’information auprès des parents, surtout ceux de milieux défavorisés. Enfin, on note aussi des différences en matière de promotion d’une collaboration plus étroite entre les intervenants du préscolaire et du primaire, et de coopération avec les autres services de la petite enfance.

Il faudrait également davantage harmoniser les conditions de travail des enseignants de l’éducation préscolaire et du primaire, accroître la souplesse et la réactivité vis-à-vis du milieu environnant, des familles et des enfants, tout en renforçant la cohérence des services afin de surmonter les problèmes d’ordre structurel et informationnel qui entravent la coopération et la continuité. Favoriser la communication réciproque, l’inclusivité, la confiance et le respect mutuel serait aussi un moyen de faciliter la collaboration entre les enseignants, le personnel d’encadrement, les parents et les autres parties prenantes.

Ce rapport met en place la construction d’une série de données comparatives sur les politiques et les pratiques efficaces en matière d’accueil et d’éducation des jeunes enfants, tout en reconnaissant que l’on en sait encore assez peu sur la question. C’est en vue de combler ces lacunes que nous avons décidé, à l’OCDE, de lancer notre première enquête sur le personnel de l’éducation préscolaire, afin de donner la parole à ceux dont la voix fait cruellement défaut dans l’élaboration des politiques actuelles. Il s’agira de mettre en évidence les points forts et les potentialités de l’environnement des jeunes enfants, en termes d’apprentissage et de bien-être, en mettant l’accent sur les pratiques professionnelles et pédagogiques, sans oublier l’organisation du travail, les carrières et les rémunérations. Nous poursuivrons ensuite en tentant d’élargir l’éventail des résultats actuellement mesurés, de façon à ne pas se limiter aux aspects cognitifs de l’apprentissage précoce, mais à tenir compte également des aptitudes sociales et émotionnelles des enfants, à un moment de leur vie où la préscolarisation peut être déterminante.

Références et liens

Initialement publié sur http://oecdeducationtoday.blogspot.fr/2017/06/priming-up-for-primary-school.html

OCDE (2017), Starting Strong 2017: Key OECD Indicators on Early Childhood Education and Care, Editions OCDE, Paris. http://dx.doi.org/10.1787/9789264276116-en

OCDE (2017), Starting Strong V : Transitions from Early Childhood Education and Care to Primary Education, Editions OCDE, Paris. http://dx.doi.org/10.1787/9789264276253-en

Voir : www.oecd.org/education/school/earlychildhoodeducationandcare.htm

©L'Observateur de l'OCDE n°310 T2 2017