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L’OCDE et la Corée : Célébrer une étape

En 2016, nous fêtons le 20e anniversaire de l’adhésion de la Corée à l’OCDE. Pendant ces deux décennies, la Corée a brillamment réussi à faire converger ses niveaux de vie vers ceux des pays les plus performants de l’Organisation. En effet, comme le montre cette édition spéciale, la Corée, qui figurait parmi les pays les plus pauvres du monde il y a un demi-siècle encore, est désormais 11économie mondiale et 6e puissance exportatrice. Elle a vu naître certaines marques les plus connues au monde, qu’il s’agisse de voitures, de smartphones ou du style K-pop qui a séduit les jeunes du monde entier. Il n’est pas surprenant que l’on parle de « miracle de la rivière Han » pour évoquer la transformation du pays.

Durant les 20 années de son adhésion, la Corée a triomphé de sérieuses épreuves, notamment la crise financière asiatique, peu après son adhésion. L’investissement, l’innovation et le capital humain ont été déterminants dans ces succès. Les élèves coréens se classent régulièrement en tête de l’évaluation PISA de l’OCDE, et le pays est champion de l’investissement dans la recherche-développement. Parallèlement, la Corée a été épargnée par le fléau des inégalités croissantes qui frappe la plupart des pays de l’OCDE depuis une décennie. Les inégalités de revenu y demeurent légèrement inférieures à la moyenne OCDE.

L’adhésion à l’OCDE a créé l’opportunité d’échanger des idées avec les pays les plus avancés et d’apprendre. Depuis 20 ans, l’OCDE joue un rôle primordial d’analyste et de conseil auprès de la Corée. En retour, la Corée a apporté son savoir et sa diversité à nos pays membres et a été notre ambassadeur en Asie du Sud-Est, aidant l’OCDE à avoir une vision plus globale, alliant inclusivité et efficacité. Membre très actif de l’Organisation, la Corée a présidé la Réunion ministérielle de l’OCDE en 2009 et joué un rôle majeur dans l’adoption des initiatives en faveur de la croissance verte. En 2010, elle a adhéré au Comité d’aide au développement de l’OCDE et est ainsi devenue un pays donneur. En 2015, elle a accueilli la Réunion ministérielle du Comité de l’OCDE des politiques scientifiques et technologiques, qui s’est tenue hors du siège de l’Organisation pour la première fois. Nous avons réellement beaucoup accompli ensemble. Mais les anniversaires sont aussi l’occasion de réfléchir aux enjeux et d’ouvrir la voie vers un avenir encore meilleur. De nombreuses difficultés persistent, avec une croissance annuelle qui marque le pas autour de 2,8 % depuis 2011. La stratégie de développement a porté ses fruits, mais semble devoir être revue face aux difficultés sociales, économiques et environnementales qui nous attendent.

En outre, la population coréenne devrait connaître le vieillissement le plus rapide de tous les pays de l’OCDE dans les 50 prochaines années. Passer, d’ici 2050, du 4rang des pays les plus jeunes au 3rang des plus vieux soulève un certain nombre de difficultés, notamment pour les finances publiques. Les dépenses sociales devraient ainsi grimper, passant d’environ 10 % du PIB en 2013 à 29 % en 2060. La Corée doit également relever le défi de la productivité pour réaliser une croissance inclusive. Le dualisme de son économie se caractérise par des écarts de productivité notables entre industrie et services, et grandes et petites entreprises. La productivité globale n’atteint ainsi que 55 % de la moitié supérieure du classement de l’OCDE.

Pour être encore plus en pointe de l’innovation et stimuler ainsi la croissance économique, la Présidente Park Geun-hye a lancé en 2013 son projet d’« économie créatrice ». Ses objectifs prioritaires consistent à exploiter le potentiel productif du secteur privé coréen, en particulier les services, à la traîne, et les petites entreprises. Renforcer l’impact des investissements massifs dans la R-D est possible, notamment en consolidant les liens entre les instituts de recherche publics et le secteur privé et en améliorant l’environnement réglementaire des entreprises innovantes. Les petites entreprises devraient également être encouragées à adopter les technologies de l’information et de la communication qui permettent d’exploiter les possibilités de l’économie numérique.

Parallèlement, l’intérêt de l’« économie créatrice » pour l’innovation verte, inscrite dans le deuxième plan quinquennal de la Stratégie nationale pour la croissance verte, pourrait contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre – un objectif important pour respecter les accords de la COP 21 sur le changement climatique.

La Corée doit également répondre aux défis de la pauvreté des personnes âgées et du dualisme du marché du travail. Pour maintenir le pays sur une trajectoire de « croissance inclusive », il faudrait privilégier des réformes gagnant-gagnant pour augmenter la croissance et réduire les inégalités et, par exemple, encourager le travail des femmes et investir dans les compétences dont le marché a besoin. Comme le soulignent des experts de l’OCDE dans cette édition, il serait également utile de s’intéresser davantage au bien-être et à l’équilibre vie professionnelle-vie privée. L’OCDE continue de travailler avec les autorités coréennes sur ces priorités d’action et d’autres. L’OCDE et la Corée ont parcouru un long chemin ensemble depuis 1996. Quel meilleur moyen de célébrer ce 20e anniversaire que de se féliciter du renforcement de notre fructueuse collaboration pour élaborer, développer et mettre en œuvre des politiques meilleures pour une vie meilleure.

www.oecdobserver.org/angelgurria

www.oecd.org/about/secretary-general

Twitter: @A_Gurria

Voir également « Korea : Policy priorities for a dynamic, inclusive and creative economy », octobre 2015, Série « Politiques meilleures » de l’OCDE

©L'Observateur de l'OCDE n°308 T4 2016