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Une main-d’œuvre mondiale
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James Joyce était quelqu’un d’unique à maints égards mais, lorsqu’il a quitté l’Irlande en 1904, il n’a fait que se conformer à la tradition d’expatriation des écrivains irlandais. 

La difficulté de publier dans son pays, alors conservateur, est une raison de son départ : dans son poème de 1912, De l’eau dans le gaz, il décrit l’Irlande comme ce « Doux pays qui toujours a banni de son sein / Et voué à l'exil ses plus grands écrivains ». Mais il a aussi déclaré qu’après sa mort, on trouverait « Dublin » gravé sur son cœur. Aujourd’hui, c’est « Joyce » qui est inscrit profondément dans le patrimoine de l’Irlande.

La diaspora irlandaise, artistique ou économique, est aujourd’hui considérée comme un atout à exploiter, et les autorités s’emploient à cultiver les liens avec ces expatriés. Le Premier ministre Enda Kenny a ainsi déclaré : « La voix des 5 millions de membres de cette petite nation est considérablement amplifiée par celle des 70 millions d’individus d’origine irlandaise dispersés dans le monde. »

De tous les pays de l’OCDE, l’Irlande a le pourcentage le plus élevé de ressortissants vivant à l’étranger, soit environ 17 % des personnes de 15 ans et plus nées en Irlande. La diaspora est un ensemble disparate d’individus sans profil déterminé. Ils travaillent dans des secteurs très divers, ont des raisons différentes de vivre hors d’Irlande et sont jeunes ou âgés. Ils ont en commun leur culture et leur identité, qu’ils manifestent à travers la littérature, la danse et la musique, et aussi les affaires. Et ce, où qu’ils soient, de sorte que la Saint-Patrick est maintenant fêtée le 17 mars dans le monde entier. Il existe un ancrage historique de la diaspora irlandaise dans des pays aussi lointains que l’Australie, où plus de 2 millions de personnes se disent d’ascendance irlandaise, ou l’Argentine, dont la marine a été fondée par l’Amiral William Brown, du Comté de Mayo dans l’ouest de l’Irlande. La communauté irlandaise la plus importante, et probablement la plus célèbre, se trouve en Amérique du Nord, avec 35 millions d’individus revendiquant des origines irlandaises aux États-Unis, et 4,5 millions au Canada, soit environ 14 % de la population totale ; quoiqu’aux États-Unis, seuls quelque 150 000 d’entre eux sont nés en Irlande. Quoi qu’il en soit, c’est énorme.

Au Royaume-Uni, plus de 600 000 personnes sont nées en Irlande, et un quart de la population affirme être d’ascendance irlandaise. Une communauté irlandaise petite mais vigoureuse s’est aussi constituée en France, lorsque les propriétaires terriens et les marchands catholiques ont fui les persécutions d’Oliver Cromwell au XVIIe siècle. Même si les émigrants restent à l’étranger, le renforcement des liens avec cette vaste diaspora a du sens dans un monde interconnecté, et l’Irlande possède maintenant un Secrétaire d’État à la diaspora, Jimmy Deenihan. Sa première politique officielle dans ce domaine, publiée en 2015 sous le titre Global Irish: Ireland’s Diaspora Policy, vise notamment les diplômés, avec la création d’un fonds pour faciliter leurs initiatives.

En novembre 2015, le quatrième Global Irish Economic Forum a réuni ce réseau irlandais mondial à Dublin : plus de 350 décideurs irlandais parmi les plus influents et les plus innovants, installés dans 40 pays. Ces manifestations se sont multipliées ces dernières années car, si les causes de la crise traversée par l’Irlande étaient mondiales, les solutions le sont aussi. Claire MacDonald

Voir https://global.irish/

Gouvernement de l’Irlande (2015), « Global Irish: Ireland’s Diaspora Policy », Ministère des Affaires étrangères et du Commerce, mars, voir www.dfa.ie/media/globalirish/global-irish-irelands-diaspora-policy.pdf

©L'Observateur de l'OCDE n°305 Q1 2016