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Bitcoin : bientôt monnaie courante ?

Le premier distributeur automatique de bitcoins a été installé à Vancouver en 2013 et permet de convertir des dollars canadiens en bitcoins, et inversement. Face à la montée en puissance du bitcoin partout dans le monde, les gouvernements prennent position pour ou contre cette cryptodevise numérique anonyme. 

Les États- Unis et le Canada la considèrent comme un bien échangeable et imposable, à l’instar des actions et actifs financiers (en juin 2014, la Californie a même levé l’interdiction d’utiliser d’autres monnaies que le dollar, ce qui pourrait accroître la confiance envers ces modes de paiement alternatifs). En revanche, la Chine a totalement interdit le bitcoin, et la France, l’Allemagne et la Corée n’en reconnaissent pas la légitimité.

Dans « The Bitcoin Question: Currency versus Trust-less Transfer Technology », Adrian Blundell-Wignall, conseiller spécial sur les marchés financiers auprès du Secrétaire général de l’OCDE, explique le succès du bitcoin ainsi que les problèmes qu’il pose. Cette cryptodevise permet en effet de contourner les intermédiaires comme les banques, réduisant ainsi les frais de transaction par rapport aux cartes de crédit et aux virements. Mais les opérations effectuées en bitcoins sont également intraçables et peuvent être utilisées pour l’évasion fiscale, le blanchiment d’argent et les flux financiers illicites. Dénué de cours légal ou de valeur marchande inhérente, le bitcoin se prête en outre à des transactions et à des variations totalement irrationnelles.

M. Blundell-Wignall propose des mesures pour pallier les difficultés liées à l’anonymat, tout en laissant se développer ces transferts « moins fiables ». Ce système, qui s’annonce perturbant pour les intermédiaires et les frais élevés qu’ils prélèvent, devrait stimuler la concurrence, dans l’intérêt des consommateurs. Mais l’anonymat des transferts monétaires est une toute autre affaire. L’enregistrement des participants devrait être obligatoire pour permettre aux administrations fiscales et aux autorités chargées de la protection des consommateurs et de la lutte contre le blanchiment de vérifier leur identité. La présentation de comptes de résultats et de bilans à travers les réseaux de la monnaie virtuelle permettrait d’améliorer la transparence. Surtout, avec l’apparition d’une deuxième génération de monnaies virtuelles concurrentes comme le Litecoin, le Worldcoin et le Mastercoin, il faut aujourd’hui savoir faire preuve de souplesse dans la prise de décision. De nouvelles technologies, comme le protocole de paiement Ripple, sont déjà utilisées et certaines banques ont déjà décidé de s’impliquer pour éviter de futures perturbations.

Référence

Blundell-Wignall, A. (2014), « The Bitcoin Question: Currency versus Trust-less Transfer Technology », Documents de travail de l’OCDE sur la finance, l’assurance et les pensions privées, No. 37, Éditions OCDE. http://dx.doi.org/10.1787/5jz2pwjd9t20-en

©L'Observateur de l'OCDE, n°299, T2 2014