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Leçons sur l'enseignement

Quelles sont les leçons à tirer de l’enquête internationale sur l’enseignement et l’apprentissage de l’OCDE (TALIS), pour les enseignants comme pour le reste de la société ? 

Nous confions nos enfants – et l’avenir de notre pays – aux enseignants, mais savons-nous seulement ce qu’ils pensent de l’enseignement, quelles sont les pratiques qu’ils considèrent comme efficaces, ou ce qui fait leur succès dans leur mission ? Nous dévoilons aujourd’hui les résultats de notre enquête internationale sur l’enseignement et l’acquisition de connaissances (TALIS), dans laquelle nous avons demandé à plus de 100 000 enseignants, dans les 34 pays participants, comment leur travail quotidien était reconnu, évalué et récompensé, quelle était leur position vis-à-vis de l’enseignement et quel regard ils portaient sur leur propre expérience en tant que perpétuels apprenants. Les résultats sont instructifs.  

Par exemple, un enseignant convaincu que les élèves apprennent mieux lorsqu’ils sont encouragés à réfléchir par eux-mêmes à une solution sera plus susceptible de favoriser des approches de l’apprentissage et de l’enseignement plus actives et centrées sur les élèves (travail en petits groupes, projets). L’enquête TALIS montre d’ailleurs que plus de 90 % des enseignants jugent qu’il faudrait laisser les élèves essayer de trouver eux-mêmes des solutions avant de les leur fournir. En Italie, Norvège et Suède, cependant, ils ne sont que 45 % à 59 % à partager ce point de vue.  

Même la meilleure des formations initiales ne prépare pas à la réalité d’une salle de classe. TALIS montre que les programmes de formation et de tutorat peuvent être d’un soutien précieux aux enseignants lorsqu’ils sont nouveaux dans l’établissement ou dans la profession, et que participer à des activités de perfectionnement professionnel tout au long d’une carrière favorise le développement des compétences. Ces activités ne doivent pas nécessairement être onéreuses ou faire appel à des experts extérieurs. L’enquête TALIS montre par exemple que le tutorat prend parfois la forme d’une collaboration avec d’autres enseignants de l’établissement. Les enseignants peuvent également se réunir en groupes de recherche collaboratifs ou en réseaux d’enseignants voire, tout simplement, observer leurs collègues dans leur travail.  

TALIS démontre par ailleurs que des évaluations constructives et justes, ainsi que les retours d’informations, ont un effet positif sur la satisfaction professionnelle des enseignants et sur leur confiance dans leur capacité à enseigner. En moyenne, quelque 88 % des enseignants déclarent recevoir un retour d’information dans leur établissement. Au Danemark, en Finlande, en Islande, en Italie, en Espagne et en Suède, en revanche, 22 % à 45 % d’entre eux indiquent n’en avoir jamais bénéficié dans leur établissement actuel, ce qui est fâcheux quand on connaît l’utilité de cette démarche. En moyenne, 62 % des enseignants déclarent que les retours d’information reçus ont entraîné des changements positifs, modérés à importants, dans leurs pratiques pédagogiques : plus d’un enseignant sur deux signale une amélioration modérée à importante dans son utilisation des évaluations des élèves (59 %) et dans ses pratiques de gestion de la classe (56 %), et 45 % des enseignants indiquent que le retour d’information a permis des améliorations modérées ou importantes des méthodes appliquées avec les élèves ayant des besoins spécifiques d’éducation. Nous en déduisons que, pour les enseignants, ces évaluations et retours sont autant de moyens d’améliorer les pratiques pédagogiques, pour le plus grand bénéfice des élèves. Il est aussi souhaitable que les enseignants collaborent entre eux pour mettre en place un système de retour d’information par les pairs sur tous les aspects de leur activité, de la planification des cours à la pratique pédagogique, en passant par l’évaluation des élèves.  

Alors que dans de nombreux pays, la taille idéale des classes fait débat, TALIS révèle que ce critère n’a pas d’effet mesurable sur l’efficacité de l’enseignement. En revanche, les enseignants qui déclarent que dans leur classe, plus d’un élève sur dix est peu performant ou a des problèmes comportementaux, font également part d’une moindre confiance dans leur aptitude à enseigner et d’un sentiment d’efficacité personnelle réduit. Néanmoins, d’après l’enquête TALIS, entretenir de bonnes relations avec les élèves et les autres enseignants peut, au moins en partie, compenser les effets négatifs induits par ce type de classes.

De manière plus encourageante, neuf enseignants sur dix se déclarent globalement satisfaits de leur métier, et près de huit sur dix sur l’ensemble des pays le choisiraient à nouveau si c’était à refaire… même si moins d’un enseignant sur trois estime que la profession est valorisée dans la société.

Quel message cette enquête envoie-t-elle aux enseignants ? Que ceux qui participent davantage au processus de prise de décision dans leur établissement sont également plus susceptibles de se sentir valorisés par la société et que, par conséquent, ils devraient tendre vers un travail d’équipe avec leurs collègues et leur direction ; que si aucune activité formelle de collaboration n’existe, ils devraient en prendre l’initiative ; enfin, qu’ils devraient saisir les occasions de développement professionnel, surtout si elles sont proposées par leur établissement et impliquent leurs collègues.

Quant à nous, cette enquête nous invite à davantage respecter nos enseignants et à ne pas oublier qu’ils sont de véritables professionnels.

Référence

Enquête internationale sur l’enseignement et l’acquisition de connaissances (TALIS) www.oecd.org/edu/school/talis.htm

©L'Observateur de l'OCDE, n°299, T2 2014