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Au service d’un monde nouveau

Entendre que le Japon est membre de l’OCDE depuis 50 ans provoque en moi une profonde émotion. Au cours de ce demi-siècle, j’ai travaillé pour la Représentation permanente du Japon auprès de l’OCDE à deux reprises, soit six ans et demi au total, et l’économie du pays a connu à la fois la croissance et la stagnation. Au cours des 30 premières années, le Japon a beaucoup appris de l’OCDE, et son économie s’est considérablement développée. Le pays a stagné les 20 années suivantes, bénéficiant moins des travaux de l’Organisation. L’OCDE reste à ce jour l’instance internationale la plus importante en ce qui concerne les problématiques économiques et sociales, et le plus grand groupe de réflexion au monde. C’est pourquoi le Japon, tout comme le reste du monde, aurait tort de ne pas l’exploiter pleinement.

Avant que le Japon n’adhère à l’OCDE en 1964, l’Organisation ne réunissait que 20 pays : le Canada, les États-Unis et les économies développées européennes. L’OCDE compte aujourd’hui 34 membres, et presque tous les nouveaux venus sont des pays relativement petits d’Europe et d’Amérique latine. Il semble que ce soit aussi le cas des deux pays qui mènent actuellement des négociations d’adhésion : la Colombie et la Lettonie. Mais est-ce vraiment dans ce sens que l’OCDE devrait évoluer ? Pas selon moi, car cela ne reflète pas la dynamique actuelle de l’économie mondiale. En 1964, le PIB des pays asiatiques ne représentait que 15 % du PIB mondial. Aujourd’hui, il en représente 30 % et sera bientôt comparable à celui des États-Unis ou de l’Union européenne. Si l’OCDE n’intègre pas davantage de pays asiatiques, ses actions n’auront qu’un impact limité.

Auparavant, les sommets du G7 et du G8 jouaient un rôle prépondérant dans la définition de l’orientation économique mondiale, et les réunions ministérielles de l’OCDE contribuaient à la préparation de ces sommets. Aujourd’hui, toutefois, le G8 est supplanté, en présence et en rôle, par le G20, car les BRIICS (Afrique du Sud, Brésil, République populaire de Chine, Fédération de Russie, Inde et Indonésie), dont font partie quelques géants asiatiques, en sont membres. En outre, le G20 n’a pas de secrétariat permanent : ce sont les pays qui assurent les fonctions de secrétaire tour à tour. Mais à mesure que les sujets gagnent en complexité, l’efficacité de ce système de rotation atteint ses limites. Assurer le secrétariat du G20 est un rôle qui conviendrait parfaitement à l’OCDE. Et pour que cela soit possible, il faudrait d’abord que les BRIICS et les pays de l’ASEAN puissent adhérer à l’OCDE. C’est dans ce sens que l’OCDE devrait s’élargir, comme l'avait énoncé le rapport « Une stratégie pour l’élargissement et l’ouverture » (ou rapport Noboru), approuvé à la Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres de 2004.

Le Premier ministre Shinzo Abe présidera cette année la Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres, ce qui, pour le Japon, constitue une excellente occasion d’exercer un rôle moteur sur le développement de l’économie mondiale à travers les activités de l’OCDE. Depuis 2011, premiers ministres et dirigeants assistent de plus en plus nombreux aux réunions ministérielles de l’OCDE. Cette évolution est la bienvenue car de nombreux organismes internationaux, parmi lesquels l’ONU, l’Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord (OTAN), l’Organisation de coopération économique Asie-Pacifique (CEAP), l’Union européenne et le G20, se réunissent au niveau des dirigeants. Peut-être l’OCDE devrait-elle aussi organiser un « sommet », par exemple une fois tous les deux ans ?

Un peu plus de 50 ans après sa création, l’OCDE est aujourd’hui à la croisée des chemins. Pour que l’Organisation se développe encore et soit vraiment au service du monde, trois conditions, selon moi, devraient être réunies :

1) Adhésion des BRIICS et des principales nations asiatiques ;
2) Prise en charge des fonctions de secrétariat du G20 ;
3) Organisation de sommets réguliers.

Je suis certain que la Réunion du Conseil au niveau des ministres  de cette année sera, pour le Japon, l’occasion d’apporter sa pierre à l’édifice mondial par l’intermédiaire de l’OCDE, alors qu’il célèbre le 50e anniversaire de son adhésion.

Voir www.oecd.org/fr/rcm

Voir aussi www.oecd.org/japon


Seiichiro Noboru a été Ambassadeur auprès de l’OCDE de 2002 à 2005. Les opinions exprimées dans cet article sont uniquement celles de l’auteur.

©L'Observateur de l'OCDE n° 298, T1 2014