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Grandeur et misères des échanges

Au IIIe siècle, l’Empire romain a été frappé par une crise financière majeure entraînant un effondrement des échanges et une contraction de l’économie. Ses effets auraient duré plusieurs siècles et auraient même eu des répercussions jusqu’au Moyen âge. Par exemple, les villes fortifiées remplacèrent les grandes cités ouvertes, tandis que les biens manufacturés furent produits sur le domaine des seigneurs au lieu d’être achetés auprès des spécialistes. C’est une leçon que nous ne devons pas oublier : la mondialisation n’est pas un processus linéaire, elle peut s’arrêter et même faire machine arrière. Autre leçon à retenir, les échanges ont tendance à être influencés par des facteurs non commerciaux – tels que les dépenses militaires et l’inflation dans le cas de Rome – et non l’inverse.

Les époques suivantes présentent également des similitudes avec la nôtre. L’Europe médiévale a connu un boom économique tiré par la consommation qui, à travers les innovations touchant la comptabilité et d’autres services, influence aujourd’hui encore la façon de mener les échanges. À nos yeux, la division internationale du travail et la délocalisation des services marchands caractérisent l’économie moderne. Pourtant, dès l’an 1200, les activités des grandes familles de commerçants italiens s’étaient développées à une échelle telle que la spécialisation des services marchands était devenue le moyen le plus efficace de négocier et de gérer les marchés. Les marchands eux-mêmes ne voyageaient plus, mais se fiaient à des agents et à des convoyeurs pour le transport de leurs marchandises. Ils avaient également mis au point de nouvelles méthodes de comptabilité et, dès le milieu du XIVe siècle, souscrivaient des contrats d’assurance.

La demande de biens de consommation – surtout des produits de luxe comme la soie ou le thé en provenance d’Orient – n’a pas uniquement stimulé les échanges. Les centres urbains ont également commencé à prospérer, et l’industrie locale s’est mise à produire à la fois des biens de luxe pour les nantis et des objets plus courants destinés à la population urbaine en croissance rapide. D’où l’augmentation de la demande de matières premières, ainsi que de la demande de nourriture pour les citadins. Si la route de la soie est la plus connue des routes commerciales de l’ère préindustrielle, d’autres produits, que les populations urbaines ne pouvaient pas produire ellesmêmes, comme les céréales, le sel ou les épices, commencèrent également à être échangés en quantités importantes.

Les échanges favorisèrent la diffusion non seulement des biens matériels, mais aussi de nouvelles façons de faire les choses (des innovations organisationnelles comme nous les appellerions aujourd’hui) et de nouvelles connaissances sur la façon de faire les choses (diffusion de la technologie), mais le rythme du changement restait lent. Il fallut plusieurs siècles avant que le capitalisme industriel remplace l’organisation socioéconomique médiévale, fondée sur la propriété héréditaire des terres et la richesse agricole.

Extrait du Commerce international : libre, équitable et ouvert ?, Collection Les Essentiels de l’OCDE, 223 pages, Paris 2009

Voir www.oecd.org/echanges

Voir aussi les Statistiques des échanges internationaux et de la balance des paiements

©L’Observateur de l'OCDE N˚ 290-291 T1-T2 2012