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Chine : investir dans le capital humain

Pour ajuster son moteur de croissance aux enjeux actuels, la Chine doit investir dans le capital humain et ne pas négliger les plus jeunes.

En 30 ans de réformes et d’ouverture, l’économie chinoise a réussi à afficher une croissance moyenne quasiment à deux chiffres et à passer d’un PIB par habitant de 190 dollars en 1978 à 5 432 dollars en 2011. La Chine a ainsi rejoint le groupe des pays à revenu intermédiaire, et est finalement devenue la deuxième économie mondiale en 2010, dépassant le Japon.

La réussite économique du pays repose en grande partie sur les réformes qui ont créé des incitations favorables et libéré les forces productives. D’autres éléments y ont également contribué : structure démographique favorable, offre de maind’oeuvre adaptée aux besoins, accumulation de capital importante et stratégie économique axée sur l’export.

Mais certains des facteurs qui ont permis l’essor économique de la Chine sont en train d’évoluer. Face à un vieillissement rapide de la population et à un surinvestissemententraînant une surcapacité de production, alors même que la demande des marchés mondiaux ralentit, le miracle chinois peut-il durer ? La Chine va-t-elle pouvoir rejoindre les rangs des pays à revenu élevé ? Cela dépendra de sa capacité actuelle et future à investir davantage et plus équitablement dans le capital humain.

Ces 30 dernières années, le niveau de capital humain de la Chine a considérablement augmenté, mais il reste bien inférieur à celui des économies développées. La petite enfance est un enjeu particulièrement crucial pour le pays. Entre 1980 et 2010, l’espérance de vie en Chine est passée de 66 à 73,5 ans, et la durée moyenne de scolarisation de 3,78 à 7,55 ans. Entre 1990 et 2010, la prévalence du retard de croissance chez les enfants de moins de 5 ans a reculé, passant de 33,1 % à 9,9 %, de même que l’anémie chez les enfants ruraux de moins de 24 mois (20,8 % en 2010 contre 38,7 % en 1990). Les progrès sont donc considérables, mais encore insuffisants pour soutenir la Chine dans l’effort qu’elle devra fournir face à la double nécessité de moderniser sa structure industrielle et de restructurer son économie.

Ajoutons que ces moyennes nationales ne reflètent pas le déséquilibre, pourtant manifeste, entre zones rurales et zones urbaines. Selon une étude de la China Development Research Foundation parue en 2009, le retard de croissance affectant les enfants âgés de 6 à 11 mois dans les régions rurales pauvres était 3,3 fois supérieur à la moyenne nationale ; dans le Xundian (province du Yunnan), on enregistre un taux de retard de croissance 5,7 fois supérieur à la moyenne nationale ; dans le Ledu (province du Qinghai) et dans le Xundian, l’anémie des enfants âgés de 12 à 23 mois y est respectivement 3,9 et 3,2 fois plus importante que la moyenne nationale.

Il y a quelques années, les autorités chinoises ont pris conscience de l’importance d’investir dans le capital humain et depuis, les investissements dans l’éducation, la santé, l’alimentation des élèves et l’éveil des tout petits ont considérablement augmenté. Mais en Chine, où les disparités régionales sont variées et importantes, l’augmentation des investissements ne peut suffire à améliorer substantiellement et équitablement le capital humain. Nous avons surtout besoin de pratiques innovantes aptes à faire évoluer les systèmes et les politiques. Le gouvernement chinois s’est par exemple engagé à ce que 70 % des jeunes enfants aient accès à trois ans de préscolarisation d’ici à 2020. Mais beaucoup d’enfants des régions reculées et pauvres pourraient ne jamais franchir la porte d’une école maternelle.

C’est pourquoi, dans ces régions pauvres et reculées de l’ouest du pays, la China Development Research Foundation a déployé, à titre expérimental, une mesure qui offre une préscolarisation abordable grâce à des pratiques innovantes, en partie inspirées des débats relayés par la collection de l’OCDE intitulée « Petite enfance, grands défis ». Dans le cadre de cette expérience baptisée « Allez enseigner », des professeurs changent de village chaque semaine pour dispenser une éducation préscolaire aux enfants défavorisés des environs. Ce système d’éducation mobile a permis à de nombreux jeunes élèves de développer des compétences cognitives et linguistiques proches de celles des enfants scolarisés dans les villes chinoises. Ce système contribuera à réduire l’écart qui existe à ce niveau d’enseignement et qui, si l’on ne fait rien, affectera le développement du capital humain de la Chine de demain et entretiendra les inégalités actuelles.

Références

OCDE (2001-2012), Petite enfance, grands défis : Éducation et structures d’accueil, Paris.

Voir la China Development Research Foundation

© L’Observateur de l'OCDE N˚ 290-291 T1-T2 2012