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Réduire les inégalités

Le revenu moyen des 10 % les plus riches est environ neuf fois supérieur à celui des 10 % les plus pauvres, contre sept fois supérieur il y a 25 ans. Même des pays traditionnellement égalitaires, comme l’Allemagne et la Suède, voient ce ratio dépasser 6, contre à peine plus de 3 en 1985. Les inégalités ont diminué au Chili et au Mexique, mais l’écart y est encore de 27 pour 1 ; au Brésil, qui a mis en oeuvre d’impressionnants programmes de lutte contre la pauvreté et les inégalités, il est de 50 pour 1. À l’évidence, les bienfaits de la croissance économique n’ont pas été répartis assez équitablement. 

Quel est le message envoyé aux décideurs politiques ? Les inégalités sont un défi social et économique de premier plan. L’accroissement des disparités affaiblit les structures qui cimentent nos sociétés et menace notre capacité à aller de l’avant. Ces effets ont été accentués par la crise prolongée actuelle, ressentie par de nombreuses catégories de revenus dans l’ensemble de la zone OCDE. Les revenus du bas de l’échelle ont reculé. Les revenus intermédiaires ont eux aussi souffert. L’austérité budgétaire a touché non seulement les droits à prestations, mais aussi la fourniture des services – par exemple de santé et d’éducation.

Et si la crise de l’emploi a plus particulièrement frappé les jeunes, les femmes, les minorités et les chômeurs de longue durée, rares sont les salariés qui ne craignent pas pour leur emploi. Des mouvements de contestation tels qu’Occupy Wall Street, la Marche pour l’emploi ou les Indignés ont exprimé l’amertume et la colère de nombreux citoyens, qui se sont aussi manifestées à travers les réseaux sociaux. La distribution de bonus dans des banques encore soutenues par l’État ajoute un sentiment de trahison à une inégalité perçue comme endémique.

L’activité économique n’a pas été épargnée. Friedrich Hayek pensait que les inégalités étaient source de progrès économique, tandis qu’à l’autre extrême Karl Marx considérait le creusement des inégalités comme un paramètre inéluctable du déclin du capitalisme. À l’évidence, ces deux positions doivent être revues à la lumière du contexte économique et social actuel. Les économistes contemporains qui prennent part à ce débat ancien et controversé admettent de plus en plus volontiers que le maintien des inégalités freine la croissance. L’OCDE étudie ce sujet avec la plus grande attention.

Deux rapports majeurs de l’OCDE, Toujours plus d’inégalité : pourquoi les écarts de revenus se creusent et Objectif croissance, publiés respectivement en novembre 2011 et en février 2012, examinent les réponses des pouvoirs publics au creusement des inégalités et étudient les interactions entre croissance et équité.

Globalement, nous identifions trois manières principales de réduire les inégalités : promouvoir l’emploi pour tous ; améliorer l’accès à l’éducation et les performances de l’enseignement et de la formation à tous les niveaux en investissant dans les compétences ; réformer la fiscalité et les régimes sociaux pour mieux répartir les revenus tout en stimulant la croissance.

Aucune de ces tâches n’est aisée. Mais il est possible d’agir, par exemple en offrant aux travailleurs temporaires et à temps partiel une meilleure protection de l’emploi et des prestations complémentaires, qui contribuent à la réduction des disparités de revenus en empêchant que les jeunes, les femmes, les minorités et les travailleurs non qualifiés ne restent cantonnés à des emplois faiblement rémunérés.

Selon les données de l’OCDE, les dépenses publiques consacrées à une éducation de qualité, à la santé et aux soins familiaux diminuent les inégalités d’environ un cinquième en moyenne. La plupart des citoyens attendent de l’État qu’il fournisse ces services. Cette crise souligne l’importance de politiques fortes capables de protéger les catégories vulnérables, de donner un peu d’air aux revenus intermédiaires et de garantir que tous, y compris les revenus élevés, paient leur juste part. De telles politiques restaureraient la cohésion et stimuleraient nos économies.

De même, prenons les systèmes de prélèvements et de prestations. Au cours des dernières décennies, avec la baisse des prestations, le resserrement des critères d’octroi et la tendance à abandonner la progressivité de l’impôt sur le revenu, ils ont perdu de leur efficacité redistributive. Certains pays auront une marge de manoeuvre suffisante pour renforcer l’équité en remédiant aux lacunes de la législation fiscale, en supprimant des allégements et des niches fiscales et en réévaluant la fiscalité du patrimoine. Ces dernières années, la fiscalité sur les hauts revenus a baissé. Le relèvement des taux marginaux pour les hauts revenus pourrait donc avoir un effet bénéfique sur l’équité et générerait des recettes supplémentaires.

Les inégalités ne sont pas une fatalité. Les responsables politiques doivent mettre en oeuvre des stratégies globales propices à une croissance solidaire et à une meilleure distribution des richesses. L’OCDE peut les conseiller en la matière et, en s’inspirant des meilleures pratiques, contribuer à mettre en avant des politiques meilleures pour une vie meilleure.

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www.oecd.org/secretairegeneral

©L'Observateur de l'OCDE n° 287 T4 2011