Observateur OCDE
Home
Menu
Les nouveaux enjeux du microcredit

La microfinance est assez vite devenue un outil majeur de développement mondial. Mais trop d’entrepreneurs potentiels n’ont encore pas ou pas assez accès aux financements. L’innovation et les politiques gouvernementales ont un rôle crucial à jouer pour corriger ces déséquilibres. 

La crise humanitaire dans la Corne de l’Afrique symbolise depuis plusieurs mois les inégalités socio-économiques et environnementales à l’échelle mondiale. En parallèle, la crise financière visible depuis 2008, le Printemps arabe et plus récemment la crise en Grèce nous rappellent que ces inégalités ne touchent pas uniquement l’extrême pauvreté. Les effets se font sentir sur la population pauvre et de plus en plus sur la classe moyenne aussi bien dans les pays émergents que ceux du Nord. Causes ou conséquences de ces crises, la vulnérabilité de millions de microentrepreneurs et la précarisation de l’emploi salarié pour la classe moyenne sont deux enjeux majeurs du développement socialement durable et de la croissance économique.

À l’échelle mondiale, 3 milliards de personnes sont exclues du système financier traditionnel. Généralement, ces personnes ont créé leur propre emploi, souvent précaire et dans le secteur informel. Elles ont donc un accès très limité au marché, à la protection sociale et à l’éducation.

Depuis la fin des années 1970, la microfinance joue ce rôle. Elle aide les populations pauvres, exclues du système bancaire, à développer une activité génératrice de revenus grâce à l’offre de services financiers (microcrédit, épargne et microassurance) et de services non financiers (formation et sensibilisation notamment). L’augmentation et la stabilisation des revenus permettent de mieux gérer la croissance de l’entreprise (trésorerie, gestion des stocks, investissement), et d’améliorer l’habitat, de couvrir les dépenses de santé et d’éducation, et de pouvoir mieux anticiper les chocs externes imprévus grâce à l’épargne. En particulier, la microfinance a permis à de nombreuses femmes d’entreprendre et donc de valoriser leur rôle dans la cellule familiale, trop longtemps minimisé par la société.

Le nombre de clients de la microfinance est estimé aujourd’hui à 190 millions personnes. 500 millions de microentrepreneurs en sont encore exclus. Pour relever ce défi, la microfinance ne devra pas se contenter d’offrir des services financiers, mais devra élargir son action aux enjeux du développement durable. Aujourd’hui, seules quelques institutions de microfinance (IMF) développent une approche intégrée en collaboration avec d’autres acteurs. Pour les autres IMF, la priorité reste souvent de consolider leur croissance et d’accroître la portée de leur action. C’est la mission de PlaNet Finance, organisation de solidarité internationale spécialisée en microfinance créée en 1998.

La microfinance doit trouver de nouveaux moyens pour financer la formation et le renforcement de capacités dans les IMF (gouvernance, nouveaux produits, gestion de la performance sociale, SIG, transformation juridique, etc.) et pour financer les programmes « Microfinance Plus » qui associent à la microfinance une composante du développement telle que l’éducation, la santé et l’environnement. Ces projets, menés dans le cadre d’une approche intégrée, ont un impact renforcé : hausse de la création de valeur ajoutée au niveau local, amélioration du pouvoir de négociation des microentrepreneurs avec les intermédiaires, valorisation des savoir-faire associés à des politiques de préservation environnementale, etc.

Pour étendre la portée des IMF, l’innovation technologique est essentielle car elle permet de réduire les coûts de transaction des IMF, particulièrement en zone rurale où la microfinance est encore trop peu développée comparativement aux besoins. Très développé au Kenya, aux Philippines et au Sénégal, le mobile banking montre que l’on peut atteindre un grand nombre de clients. En effet, aujourd’hui, 4 milliards de personnes ont un téléphone portable, le potentiel de croissance est donc immense bien que le mobile banking soit sujet à un cadre réglementaire spécifique, raison pour laquelle l’effet de levier prendra sans doute du temps. En Afrique, PlaNet Finance accompagne les IMF dans ce domaine.

Ces enjeux supposent de nouvelles formes d’action de la part des acteurs du secteur, mais aussi des États et des organismes internationaux, pour soutenir la croissance du secteur, estimée entre 20 et 30 % par an, et encourager les synergies entre acteurs du développement publics et privés.

L’enjeu politique ne doit pas être écarté car les gouvernements ont un rôle essentiel pour assurer une croissance saine du secteur et éviter les dérives. Trop souvent, on le voit dans la préparation du G8 ou du G20, on limite l’inclusion financière aux PME, et on n’inclut pas la microfinance, qui concerne pourtant des millions d’emploi. En juillet 2011, la conférence Microfinance G20 organisée par la Banque de France a montré une évolution positive en ce sens.

Le rôle des États et des organismes internationaux est avant tout de fixer un cadre de régulation prudentiel et favorable au développement du secteur. Le Pérou est souvent cité en exemple. De plus, les États doivent explorer de nouveaux cadres juridiques simplifiés et adaptés pour les microentreprises qui n’ont pas vocation à rester éternellement dans le secteur informel. Enfin, les États peuvent soutenir le secteur par des mécanismes incitatifs de bancarisation, comme au Brésil où le gouvernement du Président Lula a permis à des millions de Brésiliens de pouvoir avoir un compte en banque. Ici, le rôle des banques et notamment la Banque Postale n’est pas à minimiser, car il est complémentaire de celui de la microfinance. Là encore, PlaNet Finance joue un rôle.

La microfinance est reconnue aujourd’hui comme un outil efficace de lutte contre la pauvreté. Le secteur ne dispose pas encore tout à fait des moyens de sa professionnalisation et de sa régulation. Il devra faire face à de nombreux défis pour se pérenniser et décupler son impact. Le défi essentiel consistera à trouver sans cesse de nouveaux moyens d’assurer la pérennité des emplois, aussi bien des microentrepreneurs que des salariés, car sans revenu, les inégalités se creuseront et les révoltes ne cesseront de s’étendre.

www.planetfinance.org

Voir aussi : 

Colloque de la Banque de France sur la microfinance, 8 juillet 2011.

© L' Annuel de l'OCDE 2012