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Financeur de dernier recours ?

La construction d'un État est l'expression par excellence de la gouvernance. Vus de l'extérieur, les accomplissements d'un État naissant souffrent de la comparaison avec les politiques élaborées d'un gouvernement politiquement et économiquement stable. L'un est un maçon, l'autre un entrepreneur en bâtiment, confiant en la solidité des fondations de son projet.

L'Autorité palestinienne est aujourd'hui dans la première catégorie. Elle doit construire les fondations d'un futur État. Ces trois dernières années, elle a initié une série de réformes de la gestion des finances publiques qui comprend la création d'un compte de trésorerie unique, un service d'audit interne, et une diffusion régulière d'informations relatives aux finances publiques. Le renforcement du gouvernement local a permis un degré de décentralisation sans équivalent dans la région. Néanmoins, ces velléités de réforme sont ralenties par des problèmes de sécurité et d'instabilité économique, qui menacent de détruire ces fondations.

L'Autorité palestinienne participe au programme MENA-OCDE, notamment aux travaux sur le développement, l'intégrité et la réglementation des services publics. Au cours des deux prochaines années, des efforts seront entrepris pour renforcer la capacité institutionnelle de l'Autorité palestinienne, le programme MENA-OCDE prodiguant des conseils sur les réformes actuelles et les projets de développement.

Ce sera un défi de taille, car même si les difficultés que connaît l'Autorité palestinienne sont parfois similaires à celles que rencontrent d'autres pays du MENA, elles sont pour la plupart bien plus aiguës.

Alors que l'investissement privé était en augmentation dans l'ensemble de la région MENA, l'insécurité a dangereusement réduit la présence du secteur privé dans les territoires dépendant de l'Autorité palestinienne. Il est urgent d'inverser cette tendance. La situation politique actuelle a également causé une hausse du chômage et réduit la mobilité de l'emploi dans la région. Les recettes fiscales ont également été touchées, et comme la plupart des entreprises sont petites et familiales, il leur est difficile d'obtenir des prêts et elles sont forcées de se tourner vers les structures étatiques. Les dépenses publiques ont maintenu l'économie à flot, fournissant des emplois dans le secteur public pour pallier aux difficultés de tous les autres secteurs. Mais ce faisant, l'Autorité palestinienne s'est étendue au-delà de ses moyens.

Au cours des deux dernières années, les investissements publics ont presque entièrement été utilisés pour financer les frais de fonctionnement et payer les arriérés de salaires. En 2007, les salaires non-payés s'élevaient à plus d'un milliard de dollars. L'inflation des salaires s'est produite au détriment des fonds destinés aux autres dépenses. Dans le secteur de l'électricité, par exemple, des prêts nets sont utilisés pour couvrir la quantité exorbitante de factures impayées des consommateurs. Entre 2006 et 2007, ces prêts nets ont augmenté jusqu'à atteindre 50 millions de dollars par mois.

Les dépenses publiques de l'Autorité palestinienne représentent une large part du PIB : presque 50 % en 2005. Le chômage élevé, aggravé par la forte croissance de la population (75 % des Palestiniens ont moins de 30 ans, un taux supérieur à la moyenne déjà très jeune de la région MENA) force de plus en plus de personnes à se tourner vers une Autorité financièrement exsangue. Le Plan palestinien de réforme et de développement 2008-2010 désigne celle-ci par le terme peu reluisant de « financeur de dernier recours ».

L'Autorité palestinienne a légèrement amélioré sa situation en réduisant son secteur public hypertrophié. La suppression de tous les postes non-homologués a fortement réduit le budget destiné aux salaires. En 2008, l'Autorité palestinienne a nommé un comptable général pour superviser notamment la gestion de la trésorerie et des équilibres budgétaires. Elle a également décentralisé son système budgétaire, favorisant ainsi la transparence. La bonne gouvernance est l'un de ses quatre buts principaux, avec la sécurité, la prospérité et une meilleure qualité de vie. Des objectifs cruciaux pour un édifice encore fragile.    LT


Références

Plan palestinien de réforme et de développement 2008-2010

"Building a Palestinian State: Towards Peace and Prosperity", présentation à la Conférence internationale des donateurs pour l'État palestinien, Paris, décembre 2007.

©L'Observateur de l'OCDE n° 275, novembre 2009