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Remettre la sécurité alimentaire sur la table

En pleine crise financière et économique mondiale, les bonnes intentions des gouvernements et des donneurs - assurer la sécurité alimentaire à long terme pour tous - risquent de fondre comme neige au soleil.

La crise alimentaire de 2008 a constitué un avertissement très clair : l'humanité ne doit pas négliger le développement agricole. Compte tenu de la rapidité de la croissance démographique mondiale, la production alimentaire devra progresser de 50 % d'ici 2030 pour répondre à l'accroissement de la demande. Or, avec le changement climatique et l'expansion urbaine, il faudra trouver les moyens de satisfaire cette demande avec moins d'eau et de terres, et sans étendre l'espace agricole au détriment des forêts.

Le soutien à l'agriculture ne doit pas se limiter à des interventions d'urgence en temps de crise. Historiquement, l'agriculture a été un moteur de croissance économique et de création de richesses, depuis l'Angleterre du XVIIIème siècle jusqu'au Viêt Nam d'aujourd'hui. Des études ont montré que la croissance du PIB imputable à l'agriculture est deux à quatre fois plus efficace pour réduire la pauvreté que celle des autres secteurs. De plus, un développement agricole durable peut garantir la sécurité alimentaire à long terme et jouer un rôle dans l'adaptation au changement climatique et dans son atténuation.

Comme dans toutes les crises, les plus pauvres sont les plus exposés à la crise actuelle. 1,4 milliard de personnes vivent avec moins de 1,25 dollar par jour et 75 % de ces hommes, femmes et enfants particulièrement démunis habitent dans les zones rurales des pays en développement. Selon la Banque mondiale, la crise financière accule à la pauvreté 50 millions de personnes, qui s'ajoutent aux quelque 150 millions frappées par la pauvreté et la faim lors des crises alimentaire et énergétique de l'année passée. Cette évolution menace encore plus la réalisation du premier objectif du Millénaire pour le développement, réduire de moitié, d'ici 2015, le nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté et la faim.

Par ailleurs, les envois de fonds, qui permettent à de nombreux ruraux pauvres de survivre, diminuent sous l'effet de la récession économique. Dans certains pays en développement, ils représentent jusqu'à 20 % du PIB. La Banque mondiale estime que ces envois de fonds, qui ont atteint 305 milliards de dollars l'année dernière, pourraient baisser de 5 à 8 % en 2009.

Beaucoup de migrants, qui auparavant envoyaient de l'argent à leur famille, reviennent au village après avoir perdu leur emploi. Le mouvement migratoire des zones rurales vers les villes s'est fortement inversé dans plusieurs pays ; en Chine, on estime à 10 millions le nombre des migrants retournés chez eux après s'être retrouvés au chômage dans les centres urbains.

La récession mondiale souligne d'autant plus l'urgence des travaux du Fonds international de développement agricole (FIDA). Le FIDA, institution financière internationale, est une agence des Nations unies chargée d'aider les populations rurales à s'extraire de la pauvreté.

Au FIDA, nous considérons que la question de savoir qui nourrit l'humanité est cruciale. La majorité des petits exploitants agricoles de la planète tente de vivre avec moins de 2 dollars par jour. Leur porter assistance améliorerait la sécurité alimentaire mondiale et ferait considérablement reculer la pauvreté. Livrés à leur sort, nombreux sont ceux dont la pauvreté, la malnutrition et le désespoir empireront.

Par nature, le développement agricole doit toujours s'adapter à la situation politique, sociale, économique et climatique.

Face à la crise financière, le FIDA multiplie les soutiens économiques aux zones rurales. En Chine, par exemple, un projet financé par le Fonds cherche à faciliter le retour des travailleurs migrants en favorisant le développement des activités agricoles traditionnelles, comme l'élevage porcin et la riziculture, et en aidant les agriculteurs à se convertir à des productions de niche comme la châtaigne, les fruits ou le thé. Les agriculteurs s'investissent dans des activités exigeant davantage de connaissances, telles la culture sous serre ou l'agriculture biologique. Le projet du FIDA a aussi pour objectif d'aider les agriculteurs à fonder de nouvelles coopératives afin d'améliorer la qualité de leurs produits, d'être plus en phase avec les marchés et de créer de nouveaux débouchés pour accroître leurs revenus.

Le FIDA estime que la sécurité alimentaire doit passer par une action concertée, globale et coordonnée de la communauté internationale. Il joue un rôle actif dans l'Équipe spéciale de haut niveau sur la crise mondiale de la sécurité alimentaire mise en place par le Secrétaire général des Nations unies en avril 2008. Celle-ci a défini un Cadre global d'action visant à assurer l'organisation et la coordination des initiatives internationales. Le FIDA héberge aujourd'hui à Rome le pôle du Secrétariat de l'Équipe spéciale.

Dans le cadre de son action en faveur des communautés rurales pauvres, le FIDA se mobilise aussi fortement pour que l'agriculture et les besoins des petits exploitants demeurent l'une des toutes premières priorités des dirigeants, tant au niveau national qu'international. Néanmoins, les gouvernements des pays en développement doivent eux aussi intervenir en investissant davantage dans l'agriculture et en mettant en oeuvre des politiques de soutien. Depuis la fin des années 1970, les investissements publics de ces pays dans leur secteur agricole ont chuté d'environ un tiers en Afrique, et de deux tiers en Asie et en Amérique latine.

Dès lors que les autorités nationales mobilisent leurs propres ressources, les pays donneurs doivent les soutenir en honorant leurs engagements d'aide. À Hokkaido (Japon), en juillet 2008, les dirigeants du G8 ont promis d'inverser la tendance à la baisse de l'aide à l'agriculture, passée d'environ 20 % de l'aide totale dans les années 1980 à moins de 5 % en 2007.

L'engagement pris à Londres en avril dernier par les dirigeants du G20 de consacrer 50 des 11 000 milliards de dollars du programme de redressement économique aux pays à faible revenu constituera une aide substantielle pour les pauvres de la planète, qui dépensent jusqu'à 80 % de leurs revenus pour se nourrir, sans aucun filet de sécurité.

Si notre objectif ultime est un monde à l'abri des crises économiques, sociales ou climatiques, les responsables du monde entier doivent replacer la sécurité alimentaire au cœur de leurs priorités.

Pour en savoir plus sur les travaux du FIDA, voir www.ifad.org

Voir aussi les travaux de l'OCDE sur l'agriculture sur www.oecd.org/agriculture-fr

Vous pouvez consulter le site de la Direction des Échanges et de l'Agriculture de l'OCDE sur www.oecd.org/tad-fr

©L'Observateur de l'OCDE n° 273, juin 2009