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Quand les bulles éclatent

Votre article sur la finance islamique (« Finance islamique : un placement d'avenir ? », n° 272, avril 2009) suggère que la tempérance financière est encore possible. Les ratios de levier par rapport aux fonds propres cités dans l'article (20:1 pour les banques américaines et 30:1 en Europe, contre seulement 10:1 pour les banques islamiques) révèlent à quel point le système financier s'est laissé gagner par une cupidité devenue systémique.

L'OCDE s'emploie à réformer le système, mais dans quelle mesure peut-elle réformer les modes de pensée ? Alors que l'horizon s'éclaircit, du moins légèrement, nombreux sont ceux qui estiment que la crise n'était que le résultat de quelques faux pas, provoqués par des erreurs de jugement et non par une philosophie d'ensemble erronée. Pensée de court terme et mémoire de court terme semblent inextricablement liées. Les premiers signes d'amnésie sont visibles. Les principales banques américaines s'empressent de rembourser l'argent qui les a renflouées pour pouvoir continuer à verser d'énormes bonus aux PDG et aux traders, invoquant le risque, à défaut de bonus, d'une fuite des talents. Qu'un tel risque existe ou non, ces émoluments favorisent les comportements irresponsables, les « talents » en question payant rarement le prix de leurs erreurs. Le risque est que les décideurs finissent par se laisser convaincre que le système est fondamentalement bon et que les catastrophes que nous avons connues pourront être évitées grâce à « de meilleurs jugements » et « des traders plus pointus ». L'éclatement des bulles semble déjà n'être plus qu'un lointain souvenir.

Selon une théorie physique, notre univers n'est pas unique : il est connecté à d'autres, comme ces ballons que les clowns transforment en animaux pour le bonheur des enfants. Cette théorie en dit long sur les bulles de marchés.

Hélas, qu'elles concernent l'immobilier, les start-ups ou les tulipes, les bulles ont un point commun malheureux : une fois pris dans une bulle, nous oublions toutes les autres. En outre, une fois qu'un mode de pensée a été officiellement entériné, il est très difficile d'en changer.

Robert James Thompson
Paris, France

Vous pouvez relire l'article « Finance islamique : un placement d'avenir ? », L'Observateur de l'OCDE n° 272, avril 2009.

©L'Observateur de l'OCDE n° 273, juin 2009