Observateur OCDE
Home
Menu
Évaluer l’école, et après ?

Responsabiliser les établissements améliore-t-il toujours leurs performances ? Pas forcément de la manière que l’on croit, comme l’explique cet extrait de Améliorer la direction des établissements scolaires :

« Une autre idée fausse concernant les effets principaux des politiques – dont les conséquences sont encore plus graves – est que les établissements scolaires obtiendront de meilleurs résultats s’ils disposent d’informations claires sur leurs performances. Selon ce point de vue, le fait de fournir aux écoles et à leurs communautés des informations précises sur leurs performances aura un effet galvaniseur sur les personnes qui y travaillent, et les conduira à prendre des initiatives pour améliorer les résultats des enseignants et des élèves – qu’elles n’auraient pas prises sinon. Lorsque je parle avec mes étudiants et avec des groupes de professionnels de cette conception de la responsabilisation, je leur demande d’imaginer des écoles – un grand nombre d’écoles – où les enseignants auraient systématiquement mis de côté dans un placard leurs idées et leurs pratiques d’enseignement les meilleures et les plus efficaces, en les réservant pour le jour où le système de responsabilisation leur tomberait sur la tête. Alors, comme par magie, les bonnes idées sortiraient du placard et, tout aussi merveilleusement, les résultats scolaires augmenteraient.

En fait, selon des sources assez fiables, le personnel éducatif travaille à la limite de ses connaissances et de ses compétences. Toutes choses étant égales par ailleurs, ce n’est pas en informant ces personnes sur l’efficacité de leur travail que l’on améliorera leur façon de faire. En revanche, le fait de leur donner ces informations en même temps que de nouvelles connaissances et de nouvelles compétences pourrait, dans des conditions appropriées, conduire à une amélioration de leur travail qui, en retour, pourrait entraîner l’amélioration des résultats des élèves. Dans les années 1970, Thomas Schelling, lauréat du Prix Nobel d’économie, avait établi une distinction entre « le fait de faire ce qu’il faut et le fait de savoir ce qu’il faut faire ». La politique de responsabilisation, telle qu’elle est conçue aujourd’hui, ne s’embarrasse pas d’une telle distinction. Lorsque je travaille avec des écoles et des systèmes scolaires sur la question de la responsabilisation et de l’amélioration des établissements, je suis constamment surpris de voir le peu de choses qu’ils semblent savoir sur des aspects qui sont pour moi indispensables au processus de perfectionnement. Je tiens à préciser qu’il s’agit d’établissements qui sont soumis depuis au moins dix ans à un système de responsabilisation à l’égard des résultats. »

Richard F. Elmore, Volume 2, p. 41-42, Paris 2008.

ISBN 978-92-64-03956-8

Vous pouvez commander ce livre sur www.oecd.org/librairie

©L’Observateur de l’OCDE, n°270-271, décembre 2008 - janvier 2009