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Éviter une catastrophe

La place de la Chine et de l’Inde dans l’économie mondiale continue de grandir. Les modes de vie y évoluent rapidement, entraînant une hausse de la demande, de la consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre. Quelles sont les conséquences sur le changement climatique?

La Chine est aujourd’hui le deuxième marché mondial de l’énergie et ses émissions de CO2 ont plus que doublé depuis 1985. Son expansion économique devant se poursuivre, les autorités tentent de réduire l’intensité énergétique. Cependant, sans un changement de stratégie, la demande d’énergie primaire de la Chine devrait, selon l’Agence internationale de l’énergie, passer de 1 742 Mtep (millions de tonnes d’équivalent pétrole) en 2005 à 3 819 Mtep en 2030.

Le rapport World Energy Outlook 2007 de l’AIE indique aussi que la consommation industrielle d’énergie fléchira à partir de 2015, le charbon cédant du terrain à l’électricité. Une application plus stricte des politiques existantes et l’adoption de nouvelles mesures amélioreraient encore ces perspectives, relève l’AIE, grâce à une baisse de la demande de pétrole et de charbon et à une hausse de celle d’énergie nucléaire, d’énergies renouvelables et de gaz naturel. Plus efficiente, la Chine y gagnerait sur le plan environnemental mais aussi économique. Compte tenu du poids de ce pays dans le monde, la planète toute entière s’en porterait mieux.

En Inde, la demande d’énergie a augmenté d’environ 3,2 % par an de 2000 à 2005, s’établissant au niveau de celle du Japon (537 Mtep environ). Le scénario de politiques inchangées de l’AIE prévoit une accélération de la demande d’énergie de l’industrie de 4,7 % par an entre 2005 et 2015, sous l’effet des besoins en infrastructures. La demande de transport augmenterait aussi très fortement, plaçant l’Inde au premier rang des pays émetteur de CO2 en 2015. Comme pour la Chine, ces perspectives pourraient changer si les nouvelles mesures actuellement étudiées étaient appliquées. Il en résulterait de très importantes économies de charbon, et une diminution du coût des investissements.

Au vu de ces conclusions, il faut évidemment espérer que la Chine et l’Inde appliqueront de nouvelles politiques, d’autant que les auteurs du rapport soulignent que la poursuite du développement « n’est pas nécessairement incompatible » avec les objectifs environnementaux.

Et si la Chine et l’Inde connaissaient une expansion économique encore plus rapide que prévu ? Si elles atteignaient le PIB par habitant de l’OCDE ?

D’après le rapport, ce scénario nécessiterait une consommation d’énergie supérieure aux ressources disponibles sur la planète, et qui ne serait pas durable, car la capacité d’absorption de la planète serait alors dépassée.

Prenons le pétrole. Si la demande de pétrole par habitant en Chine et en Inde devait rattraper celle des États-Unis actuellement, avec des politiques inchangées, l’augmentation totale de leur demande représenterait près du double de la demande mondiale actuelle. Sans modifications importantes, la demande mondiale totale épuiserait en quinze ans les réserves prouvées de pétrole. Et si les émissions de CO2 par habitant de ces deux pays atteignaient le même niveau qu’aux États-Unis, les émissions mondiales tripleraient. En d’autres termes, selon l’AIE, sans une modification des politiques, un renforcement de la coopération et un mode de développement différent, l’effet sur le changement climatique serait simplement « catastrophique ». RJC

Référence

  • AIE (2007), World Energy Outlook 2007 (« China and India Insights »), Paris.

©L’Observateur de l’OCDE No. 264/265, décembre 2007-janvier 2008