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Débat énergétique

Angel Gurría estime à juste titre que les « subventions (…) devraient profiter à l’innovation et aux pratiques peu polluantes, et non protéger ou fausser des marchés » (N° 258/259, décembre 2006). Malheureusement, en dehors de quelques milliards de dollars consacrés à la R-D, ce qui caractérise le domaine des biocarburants, ce sont précisément les distorsions et les marchés protégés <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" />

Certes, les biocarburants peuvent être considérés comme une voie à suivre dans le climat actuel, mais c’est un discours lénifiant qui nous est servi. Ainsi, le gouvernement américain a proposé qu’en 2017, les besoins annuels en carburants du pays soient couverts à hauteur de 132,5 milliards de litres par des « carburants de substitution », sous-entendant que cela contribuerait grandement à l’indépendance nationale vis-à-vis des importations de pétrole. En revanche, le coût de réalisation de cet objectif a été passé sous silence.

Aujourd’hui, l’éthanol vendu aux États-Unis bénéficie d’une défiscalisation de 0,135 USD par litre, parmi une kyrielle d’autres mesures de soutien adoptées par le gouvernement fédéral et différents états ainsi que des autorités locales. Ce système de crédit d’impôt expire en principe fin 2010, mais il sera vraisemblablement prorogé.

Dans l’hypothèse où l’essentiel de l’objectif fixé pour 2017 serait atteint uniquement au moyen de l’éthanol et où le crédit d’impôt serait prorogé, le coût total pour le Trésor américain serait d’au moins 118 milliards de dollars sur 11 ans.

L’introduction du biodiesel dans le calcul ne ferait qu’augmenter ce coût, car il bénéficie de subventions unitaires plus élevées que l’éthanol. Et des mesures de soutien au niveau des états pourraient alourdir la facture de 50 %. C’est indéniablement ce qui s’appelle « miser sur le bon cheval » ! D’autant que cette stratégie ne s’attaque pas vraiment à l’autre côté de l’équation, à savoir la demande.

Les États-Unis appliquent des droits de douane très élevés de 2,5 % plus 0,143 dollar par litre aux importations d’éthanol en provenance du Brésil et de beaucoup d’autres pays, et ils ne sont pas les seuls à protéger ainsi leur industrie nationale. Les droits NPF de l’UE sont plus lourds encore, à 0,192 € (environ 0,25 USD) par litre. L’Australie, qui taxe généralement peu voire pas du tout les importations de produits agricoles, applique à celles d’éthanol des droits de douane de 5 % plus 0,38143 AUD (environ 0,30 USD) par litre – le double de ceux des États-Unis.

Si l’éthanol est un carburant tellement bénéfique pour l’environnement et que sa production en dehors du Moyen-Orient réduit le risque géographique, comment se fait-il qu’autant de pays de l’OCDE fassent tout leur possible pour en empêcher les échanges ?


Ronald Steenblik

Directeur de la recherche,

Initiative mondiale sur les subventions (IMS) de l’Institut international du

développement durable, Genève et Winnipeg.

 

L'Observateur de l'OCDE N°260, mars 2007