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Capital eau

Selon le Secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, « les progrès qui pourront être accomplis pour résoudre [le problème de l’eau] nous aideront à avancer sur la voie de la réalisation de la plupart des objectifs du Millénaire pour le développement »
(éditorial, n° 256, juillet 2006). Nous sommes d’accord, et voudrions attirer votre attention sur le programme Working for Water (WfW) en Afrique du Sud.

Le but de WfW est d’augmenter les réserves d’eau en arrachant les plantes non indigènes envahissantes, qui consomment beaucoup plus d’eau que les espèces indigènes et dévient les trajectoires naturelles des écosystèmes. Le programme emploie plus de 30 000 personnes en travaux publics, cherche à réduire la pauvreté et remplit aussi d’importants objectifs écologiques et environnementaux. Dans la réalisation de ses buts ambitieux et complexes, WfW a rencontré de sérieuses difficultés, mais a été transparent sur ses défauts, et prêt à en tirer des leçons. Il demeure une source d’inspiration et un modèle pratique pour réconcilier des aspirations économiques et écologiques dans le monde en développement.

En tant que scientifiques cherchant à promouvoir une synergie entre l’écologie et l’économie, nous voyons WfW comme un exemple d’un nouveau mouvement que nous appelons la Restauration du Capital Naturel (RNC). Le capital naturel comprend les ressources non renouvelables, renouvelables et « réapprovisionnables » – l’atmosphère, l’eau, les sols fertiles – et les ressources cultivées, comme les cultures et les forêts plantées.

Le développement dépend de la conservation et de l’expansion d’un capital de base sain. Pourtant, nos économies épuisent les ressources non renouvelables sans trouver de substituts adéquats, et déstabilisent de façon critique les écosystèmes qui produisent le capital naturel renouvelable, réapprovisionnable et cultivé. Nous dépensons aujourd’hui les « intérêts » de demain, ce qui annonce un désastre économique et écologique. Une nouvelle stratégie plus intelligente serait d’investir dans le facteur limitant du développement : le capital naturel.

Cependant, l’impact du gâchis de notre capital naturel et des services d’écosystème qui en découlent ne figurent pas dans nos bilans nationaux et internationaux. L’OCDE, bien qu’elle étudie d’autres indicateurs, estime toujours que le PIB par habitant est la meilleure façon d’évaluer le bien-être (Objectif croissance 2006). Mais le PIB ne rend pas compte de la manière dont la croissance économique incontrôlée gaspille notre capital naturel. Les alternatives existent et ont été largement débattues (voir références). Différentes approches sont développées et doivent être encouragées par les intérêts publics et privés. Il est temps d’envisager d’autres voies.

Dr. James Aronson
Centre L. Emberger d’écologie fonctionnelle et évolutive,
CNRS,
Montpellier, France
james.aronson@cefe.cnrs.fr

Prof. Suzanne Milton
Département d’écologie et d’entomologie,
Université de Stellenbosch,
Afrique du Sud

Prof. James Blignaut
Département d’économie,
Université de Pretoria,
Afrique du Sud

Ouvrage collectif à paraître : Restoring Natural Capital: Science, Business and Practice, Island Press, États-Unis, mai 2007.

Voir aussi Woodworth, P. (2006), “Working for Water”, The World Policy Journal, Summer edition (www.mitpressjournals.org/).

©L’Observateur de l’OCDE, n°257, octobre 2006