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H2 eau

Bordeaux est bien connue pour ses vins, certes chers, mais de grande qualité. Mais que dire de son eau ? Selon une récente étude de l’Union fédérale des consommateurs sur le prix de l’eau en France, la boisson que commandent discrètement les clients distingués au restaurant sous l’appellation « château de la pompe » est elle aussi devenue fort onéreuse. À 3,20 € le m3 (moins de 0,05 centime le litre), la facture d’eau moyenne des ménages y est supérieure à Paris, où elle est de 2,35 €/m3. Certaines autorités de l’eau facturent moins de 2 € le m3, mais d’autres facturent davantage. La taxe sur la valeur ajoutée représentant seulement 5,5% du prix de l’eau, les auteurs se demandent si ces prix reflètent les profits réalisés par les opérateurs privés. Comme l’indique l’enquête, la réponse n’est pas si simple.

La plupart des utilisateurs ignorent certains coûts. Il y a la captation de l’eau aux sources, puis le traitement. C’est ce qui coûte le moins cher, entre 0,14 et 0,23 €/m3.

Le coût des tests standards est estimé à environ 0,03 €/m3, et le stockage en réservoir, château d’eau et autres à environ 0,04 €/m3. Le coût des réseaux de distribution est plus élevé, à 1,20 €/m3. Bien que les conduites aient une durée de vie d’environ 140 ans, les coûts d’investissement et de remplacement peuvent néanmoins atteindre 300 000 € par kilomètre. De plus, le remplacement du plomb dans les tuyaux, comme le requiert la loi à l’échéance 2013, coûte environ 1000 € par intervention, et peut aller jusqu’à 2500 € dans certaines communes, y compris en banlieue parisienne. L’installation d’un nouveau compteur d’eau plus efficace coûte quant à elle environ 50 €. On oublie aussi trop souvent le coût des installations sanitaires ; selon l’étude, le réseau d’évacuation des eaux usées coûte 1,80 €/m3, et les usines de traitement des eaux usées 0,45 €/m3.

Compte tenu de cette situation, le coût de l’eau en France n’apparaît pas si élevé. Des mesures strictes sont mises en oeuvre pour aider les familles à faible revenu, et pour prévenir les coupures d’eau des foyers les plus vulnérables. Mais dans les autres cas, certains spécialistes affirment que la plupart des utilisateurs pourraient payer davantage encore, pour les installations sanitaires par exemple.

Assurer la qualité de l’eau est un combat permanent, notamment dans les communautés rurales où l’agriculture épuise les ressources. Les factures des ménages sont souvent accompagnées de résultats de tests officiels. L’ un d’entre eux, réalisé en 2004 dans un village de Picardie, indiquait que si les critères étaient respectés concernant le taux de nitrates dans l’eau, les taux de produits toxiques, tels que les pesticides, étaient proche du niveau d’alerte. Selon les autorités locales, de nouveaux investissements seront nécessaires pour résoudre ce problème.

La plupart des ménages seraient probablement prêts à payer leur consommation d’eau à un montant raisonnable si cet investissement leur garantissait un approvisionnement fiable en eau potable. Le « château de la pompe » devrait continuer à être une bonne affaire encore un certain temps.

RJC

« Eau », dans Que choisir, n°434, février 2006, L’Union fédérale des consommateurs, www.quechoisir.org.

©L’Observateur de l’OCDE n° 254, mars 2006