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Hollyvostok ?

Votre article sur la Russie (« Économie russe : comment garder le rythme ? », n° 249, mai 2005) insiste sur la nécessité de réformes dans l’énergie, la banque, etc. Mais la Russie commence aussi à percer ailleurs, notamment dans la télévision et le cinéma. Et pourquoi pas, étant donné la richesse de son histoire culturelle, dans la musique, le ballet, le théâtre ou la littérature ?

La société allemande RTL, contrôlée par le géant Bertelsmann, vient d’investir 100 millions d’euros pour détenir 30 % du capital de Ren TV, la sixième chaîne de télévision russe. Le Swedish Modern Times Group possède aujourd’hui 39,6 % de CTC, la quatrième chaîne russe, évaluée à 1 milliard de dollars. En cinq ans, le marché publicitaire de la télévision russe est passé de 240 millions de dollars à 2 milliards de dollars, dépassant ainsi ceux de pays comme l’Espagne.

Par ailleurs, Pauvre Anastasia, un feuilleton en 127 épisodes coproduit par AMEDIA et Sony, s’est vendu dans plus de 20 pays, notamment en Espagne, en Grèce, en Chine, en Europe centrale et orientale. Chaque épisode coûte un peu moins de 100 000 dollars, et serait bien plus cher à produire aux États-Unis. C’est peut-être le début d’un grand succès pour les séries russes à l’étranger.

L’industrie du cinéma russe également se développe rapidement. Elle représentait 40 millions de dollars en 2001, 290 millions en 2004, et devrait atteindre les 400 millions cette année. Dans les trois prochaines années, le marché russe devrait connaître une vive expansion et peser plus d’un milliard de dollars. Le box-office américain représentait 9,4 milliards de dollars en 2004, mais avec 33 000 écrans de cinéma. En Russie, il n’en existe que 500. Le potentiel est donc énorme : si la Russie avait, comme dans les pays de l’OCDE, un écran pour 50 000 personnes, Le gambit turc – la plus grosse production de l’histoire du box-office russe – aurait rapporté 100 millions de dollars au lieu de 20 millions ! Le plus gros succès américain, Le Seigneur des anneaux : Le retour du roi, a rapporté 14 millions.

La part des films russes sur le marché national augmente par rapport à celle des productions américaines : celle-ci est en effet passée de 95 % à 85 % ces deux dernières années, et cette baisse devrait se poursuivre. De plus, les films russes commencent à s’exporter avec succès. La Fox a, par exemple, racheté Nightwatch, pour le diffuser aux États-Unis. Au festival de Venise de 2003, le film russe Le Retour a reçu le Lion d’Or, et a été vendu dans plus de 100 pays. En outre, une importante communauté russophone vit à l’étranger.

Si, comme vous le suggérez, M. Poutine ne devrait pas tourner le dos aux réformes, vous ne devriez pas non plus négliger ces nouveaux secteurs, éléments clés de l’énorme potentiel russe.

Tim Horan
Vice-Président exécutif,
AMEDIA,
Moscou

©L’Observateur de l’OCDE n° 250, juillet 2005