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Un problème de taille

Gaetan Lafortune, Unité des politiques de santé, OCDE

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Il ressort de l’édition 2003 de Eco-santé OCDE que l’obésité est un problème de plus en plus préoccupant dans les pays membres de l’OCDE. Variable d’un pays à l’autre, son incidence va de 3 % de la population en Corée et au Japon, en 2001, à 31 % aux États-Unis en 1999.

Cette estimation, concernant les États-Unis, s’appuie sur les examens de santé effectifs, tandis que les données émanant de la plupart des autres pays proviennent de réponses de questionnaires d’autoévaluation. Des enquêtes comparables fondées sur des entretiens réalisés aux États-Unis donnent des résultats moins élevés, qui s’établissaient néanmoins à 22 % en 1999. De même, en Australie, le taux d’obésité calculé à partir des examens de santé conduits en 1999 était de 21 %, mais selon les données issues de questionnaires d’auto-évaluation, il s’élevait à 18 % en 2001.Quoi qu’il en soit, les résultats sont alarmants. Ces vingt dernières années, d’après des mesures effectuées dans le cadre d’examens de santé, l’incidence de l’obésité a plus que doublé en Australie et a triplé au Royaume-Uni. Plus de 20 % de la population adulte de chacun de ces deux pays est désormais considérée comme obèse, ce qui correspond au taux atteint aux États-Unis il y a dix ans. En revanche, selon des questionnaires d’auto-évaluation, le taux d’obésité reste proche de 10 % au Danemark, en Suède et en Norvège, mais aussi en France, en Italie, aux Pays-Bas et en Suisse, bien qu’il commence à augmenter dans ces pays également.L’obésité est un facteur de risque connu pour plusieurs troubles, tels que le diabète, l’hypertension, les maladies cardiovasculaires, les problèmes respiratoires (asthme) et les affections musculo-squelettiques (arthrite). Elle a plusieurs causes également, dont l’absorption excessive de calories, le manque d’activité physique, la prédisposition génétique et les troubles endocriniens affectant les glandes qui produisent les hormones nécessaires aux fonctions physiques normales, comme le métabolisme et la croissance.La culture et l’environnement, les habitudes alimentaires et les conditions de travail, ont eux aussi une incidence sur l’obésité. Une étude récente de Lawrence Frank, professeur associé d’aménagement urbain à l’Université de Colombie britannique, va même jusqu’à ranger la croissance urbaine parmi les facteurs possibles, dans la mesure où, en banlieue, on privilégie la voiture au détriment de la marche.Les répercussions économiques et non économiques de l’obésité sont importantes. Aux États-Unis, Roland Sturm a récemment réalisé une étude sur les conséquences qu’engendre l’obésité sur les problèmes de santé, tels que le diabète ou l’asthme, et sur les coûts qu’ils induisent. Il a ensuite effectué une comparaison avec les autres facteurs de risque comme le tabagisme ou la consommation d’alcool (voir les références). Les résultats indiquent que l’incidence de l’obésité sur les maladies chroniques étudiées équivaut à celle de vingt années de vieillissement, soit beaucoup plus que le tabagisme et l’alcoolisme.Il a été estimé que l’obésité était responsable d’une augmentation annuelle moyenne des coûts de santé encore plus élevée que les coûts imputables au tabagisme. À tel point qu’aux États-Unis, un groupe de grands employeurs emmenés par Ford Motors, Honeywell, General Mills et PepsiCo a annoncé en juin dernier le lancement d’une campagne destinée à encourager les salariés en surpoids à maigrir, dans l’optique d’améliorer leur santé mais aussi les résultats des entreprises en question. D’après le Dr. Vince Kerr, directeur des services de santé chez Ford, à l’échelle des États-Unis, les problèmes de poids majorent de US$12 milliards par an les coûts des employeurs.Ce qui est inquiétant, pour des pays comme l’Australie et le Royaume-Uni où le nombre d’obèses a augmenté depuis 1980, c’est qu’il y a un décalage dans le temps entre le moment où l’obésité se déclare et celui où apparaissent les troubles associés, ce qui donne à penser que les problèmes de santé (et les coûts afférents) se manifesteront à retardement.Les changements de régime alimentaire et l’exercice physique peuvent aider à lutter contre l’obésité. Mais cela reste plus facile à dire qu’à faire, d’autant que des obstacles comportementaux et environnementaux sont à l’œuvre. Outre les opérations de communication encourageant à mener une vie saine, la prévention de l’obésité dès l’enfance est sans doute une stratégie plus payante à long terme. Les campagnes axées sur la famille et à l’école peuvent y contribuer. La justice a peut-être un rôle à jouer elle aussi, puisque des poursuites ont récemment été engagées contre des fabricants et des distributeurs de produits alimentaires accusés de favoriser l’obésité. Certains groupes ont d’ailleurs décidé de prendre les devants, tels que le géant de l’agroalimentaire Kraft qui a annoncé début juillet qu’il projetait de réduire la teneur en matières grasses et en sucre de ses produits. © L’Observateur de l’OCDE, N°238, Juillet 2003RéférencesEbbeling, C. et al (2002), « Childhood obesity: Public-health crisis, common sense cure », The Lancet Vol. 360, Issue 9331,10 août 2002.OMS (1997), Obésité : prévention et prise en charge de l’épidémie mondiale, Genève.Seelye, K. (2003), « Cities Made for Walking May Be Fat Burners », The New York Times, 21 juin 2003.Sturm, R. (2002), « The Effects of Obesity, Smoking, and Drinking on Medical Problems and Costs », Health Affairs, Volume 21, Number 2, mars/avril 2002.