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Déjà vu

Courrier des lecteurs

L’étude économique du Brésil réalisée par l’OCDE me semble résonner d’un écho ancien. Jeune journaliste, j’ai assisté à Rio de Janeiro dans les années 1980 à une conférence de presse au cours de laquelle le Brésil était présenté comme ayant « d’excellentes perspectives à long terme ». Cela m’avait fait penser à la formule célèbre de Harry Hopkins au moment de la Grande dépression : « Les gens ne se nourrissent pas à long terme ».

Le Brésil est un pays d’avenir au moins depuis que j’y suis arrivé en 1977. Le problème avec ce lendemain tant attendu est qu’il n’arrive jamais. Un obstacle se met toujours sur sa route. A la fin des années 1970, le Brésil a été freiné dans son élan par la crise de l’énergie mais les « perspectives à long terme » étaient bonnes. En 1982, ce fut le tour de la renégociation de la dette mais « à long terme » les perspectives étaient excellentes. Le Brésil a progressé dans les années 1990 jusqu’à ce que la crise mexicaine d’abord, la crise russe ensuite, et la crise asiatique enfin viennent brouiller le tableau, mais « à long terme…”. En vérité, le Brésil est vulnérable aujourd’hui non pas à cause d’un obstacle dont il faudrait se débarrasser mais parce que le changement n’est jamais mené à son terme. Les improvisations magistrales (Brasilia, le Plan Real) dissimulent mal la faiblesse des institutions.Certains progrès sont maintenant des acquis mais d’autres ne résistent pas au temps. La Banque centrale et la Commission des valeurs mobilières (CVM) ont par exemple acquis une crédibilité bien méritée. Mais les tribunaux explosent et l’école va à vau-l’eau. C’est bien le paradoxe brésilien que les banques soient sûres mais que les rues ne le soient pas. Dans Raizes do Brasil, l’historien Sergio Buarque de Hollanda écrit « Nous faisons confiance à un réseau de relations personnelles plutôt qu’au fonctionnement impersonnel d’institutions modernes ». Il a su comme personne décrire les espoirs à la mesure des déceptions de cette grande nation encore en devenir.