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Adieu Facebook

©David Rooney

S’ils connaissent un franc succès, les sites de réseaux sociaux tels que Myspace ou Facebook, apparus il y a quelques années, n’en ont pas moins leurs détracteurs. Point de vue ironique de Jacques Rosselin*, homme de médias et entrepreneur.

C’est décidé, je me débranche de Facebook. J’arrête demain. Je vais gagner une demi-heure de vie par jour. Comme quand on arrête de fumer. Et du temps de cerveau disponible en prime. Pourquoi ? Une raison impérative : le fondateur a expliqué qu’il avait plein d’idées géniales pour vendre ses inscrits et leurs données personnelles à des publicitaires. Une raison impérative et deux cent mille raisons confuses, des signes, des alertes inconscientes…Vous connaissez Facebook ? C’est le plus à la mode des « réseaux sociaux ». Au premier abord, on est séduit. Et puis on s’inscrit et on comprend vite qu’il s’agit tout bonnement de pages personnelles avec des CV et des listes d’amis. Internet quoi. Mais deux jours après, on commence à se demander si on est au bon endroit. Un peu comme un papa déguisé en jeune dans une surboum d’ados à Pampelune. Un intellectuel égaré dans un dîner au Fouquet’s. Ou un garçon qui cherche du lien social à Djerba la Fidèle. C’est peut-être l’irruption de tous ces « amis », pardon, ces « friends » qui donne cette tonalité ado demeuré au site. Exaspérant. Plein de gens vous demandent par mail si vous voulez devenir leur « friend ». C’est gratifiant au début, puis on comprend vite ce que veut dire le mot « friend » au sens Facebookien : c’est quelqu’un qui veut « réseauter » socialement avec vous.Ce qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est quand Jean-Noël Guérini, un monsieur qui fait de la politique dans le Sud, m’a demandé de devenir son ami. Je ne connais pas Jean-Noël Guérini, il est sûrement très sympa, mais pourquoi veut-il devenir mon « friend » ? Pire, pourquoi ma fille Hannah veut-elle devenir mon friend ? Je ne suis pas son friend, à la fin, je suis son père ! Tous ces friends font pourtant tellement de choses super tous ensemble. Par exemple, ils se transforment en vampires et mordent pour transformer leurs amis en vampires. Est-ce que Delanoë est OK pour devenir mon friend ? Et Guérini ? Et Panafieu ? Pour que je les morde et qu’ils deviennent tous des vampires ? Et qu’ils aillent au bal des vampires avec ma fille ? Bon, je dois retourner sur Facebook pour organiser ma migration vers Peuplade (un réseau social de quartier, au moins je pourrai boire des coups en bas de chez moi et emprunter des outils). Je dois expliquer au groupe que j’ai créé, les « Abandonnistes de Facebook », comment se faire la malle. Si ça se trouve, c’est peut-être impossible, comme dans Le Prisonnier, ou bien dans Hotel California des Eagles : « You can check out any time you like… but you can never leave ! ». Solo.*Jacques Rosselin est écrivain, entrepreneur et co-fondateur de l’hebdomadaire Courrier international. Cet article est initialement paru sous le titre « Pourquoi je quitte Facebook » dans Metro, 23 novembre 2007.©L’Observateur de l’OCDE n° 268, juillet 2008