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Décollage africain ?

L’Afrique prend-elle réellement un nouveau départ (n°249, mai 2005) ? Vous évoquez les conflits, mais comment pouvons-nous contribuer à empêcher les désastres humanitaires annoncés, comme celui qui semble inévitable au Darfour?

Quelque 2 millions de personnes, pour la plupart des personnes âgées, des femmes ou des enfants, sont actuellement « abritées » dans des camps de réfugiés parfois cauchemardesques, et risquent d’être repoussées vers le Tchad, dans de véritables marches de la mort, par ceux-là même qui sont à l’origine du problème. De plus, cette époque de l’année est terrible pour n’importe quel organisme humain : le béribéri, la dysenterie et le paludisme consécutifs aux pluies s’occuperont des survivants.La connivence entre les groupes au pouvoir garantira vraisemblablement le pire pour les habitants du Darfour, indépendamment de leur origine ethnique. Ce qui se passe actuellement à la frontière du Darfour et du Tchad est au moins aussi dramatique que ce qui se passe à la frontière de la RDC et du Burundi, même si l’on n’a pas encore autant de précisions.Il faut avoir vécu ou travaillé dans cette partie du Sahara pour comprendre à quel point il est facile, d’un point de vue logistique par exemple, d’enterrer des centaines de corps en une demi journée, ou de se défausser de ses responsabilités sur d’autres. Et qui pourrait imaginer utiliser l’argent de nos contribuables pour financer des analyses d’ADN au Tchad, après des massacres comparables à celui de Srebrenica ?Les Nations unies et d’autres organisations de développement seront sans doute rendues responsables de cette situation, en particulier par ceux qui aiment à salir l’image des institutions internationales pour des raisons idéologiques ou géopolitiques. Cependant, qui est véritablement responsable ? Il y a une lueur d’espoir : l’envolée actuelle des prix du pétrole pourrait enfin se calmer temporairement, ce qui dissuadera peut-être un peu les compagnies pétrolières de faire des profits mirobolants dans la région frontalière du Tchad et du Soudan, tout en faisant la politique de l’autruche. Mais je ne serai convaincu de l’existence d’un minimum de justice humaine dans cette affaire que lorsque j’en verrai des preuves. Oui, l’Afrique a un vaste potentiel de croissance, mais son heure ne viendra jamais si nous ne faisons pas beaucoup plus pour mettre un terme aux génocides desquels, par notre inaction, nous sommes responsables.
Andrew Manley
Newcastle upon Tyne
Royaume-Uni©L’Observateur de l’OCDE n° 251, septembre 2005